Dans le stockage d’entreprise, l’extrême volatilité de la chaîne d’approvisionnement redonne de l’allant aux disques durs.
Gartner le souligne dans la synthèse du dernier Magic Quadrant dédié à ce marché. Sur les 12 derniers mois, explique-t-il, le prix des SSD d’entreprise a augmenté 15 fois plus vite que celui des HDD nearline. Lesquels ont, par voie de conséquence, repris de l’importance sur les couches de stockage chaud, même si leurs délais de mise à disposition se sont allongés (plus d’un an pour certains).
La mise en production de l’IA engendre d’autres évolutions. En particulier, la généralisation des data fabrics avec namespace global, permettant d’exécuter des tâches – catalogage, vectorisation… – là où se trouvent les données.
Du côté des acheteurs, la sortie de VMware pousse à considérer des plates-formes flexibles au niveau des hyperviseurs… et gérant les environnements de conteneurs.
Cette année, il était d’ailleurs obligatoire, pour figurer dans le Magic Quadrant du stockage d’entreprise, de proposer un plug-in CSI.
Pour le reste, les critères à respecter sur le plan fonctionnel ont peu évolué par rapport à l’an dernier. Il s’agissait toujours, en premier lieu, de proposer du stockage bloc ainsi que du fichier ou de l’objet, y compris en STaaS. Il fallait aussi, entre autres, proposer au moins deux services de données (DR, cybersécurité, archivage, bases de données…) et avoir une présence sur AWS et/ou Azure.
Le namespace unique était facultatif. Même chose pour l’AIOps (télémétrie prédictive), la réduction des données (compression ou déduplication), le SDS et la protection contre les menaces.
8 fournisseurs… dont 6 « leaders »
Sur l’axe « exécution », censé refléter la capacité à répondre à la demande (expérience client, tarification, qualité des produits/services…), la situation est la suivante :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
Everpure
=
2
Huawei
+ 1
3
HPE
+ 1
4
NetApp
– 2
5
Dell Technologies
=
6
IBM
=
7
Hitachi Vantara
=
8
IEIT SYSTEMS
+ 1
Sur l’axe « vision », traduisant les stratégies (marketing, commerciale, sectorielle, produit…) :
Rang
Fournisseur
Évolution annuelle
1
Everpure
=
2
HPE
=
3
IBM
=
4
Huawei
+ 1
5
NetApp
– 1
6
Hitachi Vantara
+ 1
7
Dell Technologies
– 1
8
IEIT SYSTEMS
+ 1
Dell a un portefeuille transversal…
PowerStore et PowerScale sont les principaux produits qui valent à Dell sa place dans le Magic Quadrant du stockage d’entreprise.
L’an dernier, Gartner avait apprécié la « stack IA complète » que procurait l’offre AI Factory avec NVIDIA. Il avait aussi salué la disponibilité de produits complémentaires (PowerMax, ObjectScale, PowerFlex) permettant de couvrir des cas d’usage spécifiques. Ainsi que l’ampleur de la supply chain, du support et des équipes commerciales.
Cette dernière remarque reste d’actualité. Dell a aussi un bon point pour une autre offre : AI Data Platform, dont PowerStore et PowerScale sont le socle, et qui favorise la gestion du cycle de vie de l’IA en un seul pipeline. Gartner souligne plus globalement l’exhaustivité de son portefeuille, « adapté à tous les workloads » (structuré / non structuré, flash / hybride, cloud / sur site) et au HPC.
… mais a du retard sur l’IA embarquée et le cloud hybride
L’an dernier, Gartner avait pointé le manque d’une capacité native de détection des signatures de ransomware. Tout en affirmant que la détection d’anomalies était « minimale ». Le cabinet américain avait aussi noté un retard sur la concurrence s’agissant de la modularité de la plate-forme, de la standardisation du contrôleur logiciel et des SLA opérationnels. Il avait également fait remarque l’inconsistance du support client (procédures d’escalade longues, notamment).
Cette année aussi, il est question de retard sur la concurrence, mais sur un autre front. En l’occurrence, le silicium personnalisé, la gestion du cloud hybride et les microservices IA embarqués. Autre point de vigilance : l’existence d’architectures distinctes pour le structuré et le non structuré, ce qui complique l’optimisation de capacité. Attention aussi au déploiement, qui peut s’avérer complexe selon l’environnement (en plus d’un support technique inconsistant).
Une expérience client « exceptionnelle » chez Everpure…
FlashArray sont les principaux produits qui valent à Everpure sa place dans le Magic Quadrant du stockage d’entreprise.
L’an dernier, Gartner avait salué Everpure – alors encore appelé Pure Storage – pour l’efficacité de sa gestion de flotte. Il avait aussi apprécié la qualité du support et la gestion unifiée des données (bloc, fichier et objet réunis en un pool virtualisé).
Cette année, le cabinet américain salue plus globalement l’activité d’Everpure (historique, partenariats, garanties de disponibilité des produits…). Il évoque aussi une expérience client « exceptionnelle », portée essentiellement par l’automatisation de la maintenance. Autre bon point : la consommation prévisible que le modèle Evergreen/One garantit, tout en protégeant de la volatilité de la supply chain via des engagements de résultats basés sur les SLA.
… mais un coût élevé
L’offre FlashBlade (fichier / objet) n’est pas à parité fonctionnelle dans le cloud public, avait souligné Gartner l’an dernier. Il avait aussi pointé des coûts importants, tant sur l’investissement initial que sur la maintenance. Et recommandé de faire attention au niveau d’intégration entre supports de stockage et contrôleurs logiciels. La conséquence potentielle étant des coûts de renouvellement potentiellement plus élevés qu’avec des infrastructures composables.
Cette année encore, Gartner relève les coûts d’acquisition et de maintenance, élevés par rapport à ce que la concurrence propose, notamment sur disques durs. Il note aussi l’absence de prise en charge d’un namespace global. Et un retard de développement sur les marchés émergents par rapport à la concurrence.
HPE, à nouveau salué sur l’AIOps…
La gamme Alletra Storage MP vaut à HPE de figurer dans le Magic Quadrant
L’an dernier, Gartner avait salué la maturité de sa solution, jugée exhaustive sur le plan fonctionnel (avec un architecture scale-out efficace) en plus d’être intégrée dans plusieurs de ses offres d’infrastructure (Private Cloud AI, Morpheus VM Essentials). Il avait aussi apprécié le volet AIOps, entre optimisation des ressources et observabilité.
Mêmes points forts cette année, ou presque. HPE se distingue toujours par l’architecture de sa solution, qui regroupe bloc, fichier et objet sur une console unique. L’AIOps reste également un point fort, à renfort de multiples agents qui favorisent la remédiation prédictive et la gestion en langage naturel. La gamme Alletra Storage MP est par ailleurs à la base des produits HPE Data Services, qui sous-tendent à la fois Morpheus VM Essentials et Private Cloud AI.
… mais toujours limité sur le cloud hybride
L’an dernier, Gartner avait souligné des limites sur le non structuré : dépendance à des soutions tierces sur la partie fichier, ainsi que manque d’intégrations cloud et plus globalement d’écosystème. Autre point faible : une empreinte limitée dans le cloud hybride au-delà de la distribution d’Alletra Block Storage sur les marketplaces. Remarque complémentaire : le marché a tendance à négliger le positionnement de GreenLake en plate-forme unifiée de stockage, le percevant davantage comme du STaaS.
Le positionnement de GreenLake reste un problème : les acheteurs tendent à penser qu’aller sur une offre de stockage HPE implique une transition complète vers ce modèle. Par ailleurs, la traction sur le cloud hybride demeure limitée. Quant au système Alletra MP X10000, récent, il lui manque encore des fonctionnalités comme le failover automatique, la réplication multisite active-active et certaines capacités NFS v4.1.
Chez Huawei, les bénéfices de l’intégration verticale…
OceanStor Dorado et OceanStor Pacific Storage sont les principales offres qui valent à Huawei d’être classé dans le Magic Quadrant du stockage d’entreprise.
L’an dernier, les bons points étaient allés à la résilience et à la protection contre les ransomwares, à la gestion du cloud hybride (niveau d’automatisation de la gouvernance, notamment) et à la gestion par IA (atténuation des risques, isolation plus rapide des erreurs).
Cette année encore, Huawei se distingue sur la cyberrésilience. En particulier avec l’intégration des contrôles cryptographiques. Autres points forts : d’un côté, le niveau d’intégration verticale de la plate-forme, et par là même sa haute densité, qui minimise l’empreinte spatiale et énergétique ; de l’autre, sa capacité à simplifier les déploiements IA.
… mais un risque géopolitique persistant
La prise en main présente une certaine courbe d’apprentissage, avait affirmé Gartner l’an dernier. Il avait aussi pointé le risque géopolitique : dans le contexte des sanctions américaines, Huawei s’appuie sur des tiers pour exploiter son contrôleur logiciel chez les hyperscalers. Ce qui peut entraîner des complexités de gestion, de supervision et potentiellement de support.
Cette année encore, difficile d’éclipser les contraintes qui naissent des restrictions à l’export, tant en matière d’intégration que de support. En parallèle, Huawei est moins présent que la concurrence chez les hyperscalers « occidentaux ». Il est également moins avancé sur le support autonome.
IBM, bien placé sur la gestion agentique…
L’an dernier, IBM s’était distingué pour sa gestion cohérente du cloud hybride (architecture unique). Idem sur la cyberrésilience, à commencer par l’intégration avec Storage Defender pour superviser les baies FlashSystem. Lesquelles se différenciaient par leur modularité et leur scalabilité.
Cette année, encore, IBM a un bon point pour la cyberrésilience. Plus précisément pour la détection de ransomware native à ses modules flash. La gestion agentique du stockage est un autre point fort. Même chose pour la capacité à provisionner les données vectorisées directement dans les pipelines d’inférence.
… mais moins sur le support
L’an dernier, Gartner avait pointé la complexité de mise en place et de configuration. Il avait aussi signalé l’intégration étroite entre supports de stockage et contrôleur logiciel, susceptible de réduire la flexibilité sur site. Par ailleurs, IBM ne proposait pas son offre Storage Scale as a service alors que les principaux concurrents fournissaient du STaaS fichier, bloc et objet.
La complexité de mise en place demeure : résultant de l’intégration de produits distincts, la plate-forme manque d’unification. Dans le même temps, la courbe d’apprentissage pour les administrateurs peut être importante. Vigilance aussi sur les délais de résolution du support.
Une supply chain résiliente pour NetApp…
Les offres ONTAP et StorageGRID permettent à NetApp de figurer dans le Magic Quadrant du stockage d’entreprise.
L’an dernier, NetApp avait eu un bon point pour sa base installée, en plus d’un historique de couverture d’un large spectre de workloads. Gartner lui en avait donné un autre sur la gestion des données (classification, cache edge, protection niveau application, IAM…). Et noté l’ampleur de sa présence chez les clouders (bloc et fichier sur AWS + fichier sur Azure et GCP, y compris en STaaS).
Cette année encore, NetApp se distingue par l’intégration native de son stockage chez AWS, Azure et Google Cloud. Gartner salue aussi la capacité à exécuter des microservices IA directement sur les baies. Ainsi que le niveau de résilience de la supply chain (fabrication au Mexique et diversification des fournisseurs hors de Chine), aboutissant à des délais de livraison plus prévisibles que chez les concurrents.
… mais des coûts là aussi élevés
NetApp est en retard sur le STaaS, la gestion de flotte et les SLA, avait affirmé Gartner l’an dernier. Il avait aussi souligné l’utilisation, pour la haute disponibilité, d’une architecture héritée ne favorisant pas la mise à l’échelle séparée de la capacité et des performances. Il avait également évoqué les baies AFF, dont la mise en place et l’interface de gestion pouvaient s’avérer complexes.
Cette année, la remarque sur la complexité de l’interface de gestion demeure, mais elle est plus globale : le GUI peut s’avérer difficile à prendre en main, si bien que les admins doivent souvent utiliser la ligne de commande. Autre point de vigilance : le coût, élevé, y compris pour la maintenance. Attention aussi à la traduction objet-fichier avec ONTAP S3 : elle limite la mise à l’échelle et la distribution multirégionale.
Illustration générée par IA
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