L’IA agentique est souvent décrite comme une simple évolution logicielle, avec des agents capables de raisonner, d’utiliser des outils et d’enchaîner des actions. En pratique, elle impose surtout aux entreprises de repenser leur infrastructure de calcul de bout en bout.
Un workflow agentique ne se limite pas à interroger un modèle unique : il peut faire travailler plusieurs agents en parallèle, conserver un contexte étendu, se connecter à des bases de données et à des applications existantes, puis déclencher des opérations largement conventionnelles. La vraie question n’est donc plus seulement de choisir un accélérateur, mais de savoir comment l’ensemble du système déplace les données, répartit les tâches et exploite les ressources. Par nature, l’IA agentique est hétérogène.
Les premiers usages de l’IA générative en entreprise restaient souvent ponctuels — résumer un document, générer du contenu, classer des informations. Les systèmes agentiques visent, eux, des processus de bout en bout : ils décomposent un objectif en sous-tâches, mobilisent plusieurs capacités et coordonnent des travaux qui étaient auparavant réalisés successivement par différentes équipes ou applications. Cette parallélisation peut améliorer la productivité, mais elle accroît aussi la complexité, puisque plusieurs agents peuvent fonctionner simultanément.
Dans ce contexte, le GPU reste indispensable, notamment pour l’entraînement et l’inférence. Mais le CPU devient lui aussi central pour l’orchestration, la gestion du contexte et de nombreuses applications lancées par les agents. Surtout, les logiciels et processus historiques doivent continuer à fonctionner : l’IA agentique se connecte à l’environnement existant, elle ne le remplace pas. Pour les DSI, le patrimoine applicatif doit donc être considéré comme une composante de l’architecture IA, et non comme un système périphérique voué à disparaître.
L’enjeu se déplace aussi au niveau du système complet. Dans un data center IA, la performance utile dépend autant de la circulation des données que de la puissance brute des moteurs de calcul. Les données doivent circuler avec une faible latence entre mémoire, CPU, GPU, réseau et stockage. À grande échelle, le moindre déséquilibre peut créer un goulet d’étranglement et laisser des ressources coûteuses sous-utilisées.
Optimiser chaque composant reste nécessaire, mais ne suffit plus : il faut optimiser leur fonctionnement collectif, du matériel à la couche applicative. Cela revient à traiter le dimensionnement des CPU et GPU, la mémoire, la bande passante réseau, le stockage, les logiciels d’orchestration et le lieu de déploiement comme un seul problème d’architecture. Le cloud, le data center central, le site industriel, l’edge et les terminaux peuvent tous participer au même processus agentique.
Aucun moteur de calcul n’est optimal pour toutes les étapes. Certaines tâches exigent une forte densité de calcul ; d’autres privilégient la latence minimale, la proximité des données ou l’accès à des applications existantes. Les organisations auront donc besoin de plusieurs systèmes optimisés, coordonnés par le logiciel.
Le placement des workloads devient alors un facteur clé de coût. Exécuter chaque requête sur le plus grand modèle disponible n’est souvent pas soutenable économiquement. Les entreprises devront combiner différentes tailles de modèles, différents moteurs de calcul et différents lieux d’exécution. Un grand modèle centralisé pourra être nécessaire pour des raisonnements complexes, tandis qu’un modèle plus léger et spécialisé suffira pour des tâches ciblées. Dans certains cas, une exécution locale sera préférable pour la latence, la confidentialité ou la continuité, en ne transmettant vers l’infrastructure centrale que les informations strictement nécessaires.
Le coût total de possession devient ainsi aussi important que la performance maximale d’un composant. L’analyse doit intégrer le coût de la tâche, l’utilisation de l’infrastructure, les mouvements de données, le temps de réponse et la capacité à faire évoluer l’architecture sans réécrire les applications. Les modèles ouverts peuvent contribuer à cette stratégie, mais il ne s’agit pas de les opposer systématiquement aux modèles propriétaires : les entreprises utiliseront les deux. Le principe directeur est d’appliquer à chaque étape le niveau de capacité strictement nécessaire, sans surconsommer de ressources.
Pour les DSI, la recommandation est claire : partir du processus à transformer, en identifier les étapes, puis choisir pour chacune le modèle, le moteur de calcul et le lieu d’exécution les plus adaptés. À l’ère agentique, l’avantage ne viendra pas d’un composant isolé, mais de la qualité de l’orchestration de l’ensemble.
*Mark Papermaster est Chief Technology Officer de AMD.*