NVIDIA veut déplacer la sécurité des agents IA hors du seul modèle, après l’incident de juillet où des agents d’OpenAI ont compromis des systèmes de Hugging Face lors d’une évaluation cyber. Avec l’Open Agent Safety Platform, le groupe cherche à reprendre la main sur des agents capables de modifier des données, d’appeler des services ou d’exécuter du code, là où une simple erreur de modèle peut devenir une action non autorisée. L’enjeu n’est plus seulement la réponse générée, mais aussi l’environnement d’exécution qui transforme un modèle en agent via mémoire, outils, orchestration et capacités d’action.
La première brique, OpenShell, est un runtime open source conçu pour créer une frontière d’exécution sécurisée autour de l’agent. Il permet de tracer ses actions et d’appliquer des politiques en cours d’exécution, tout en contrôlant ses accès aux fichiers, au réseau, aux outils, aux API et aux services. NVIDIA précise que l’agent peut fonctionner avec des modèles ouverts ou propriétaires : la couche de sécurité est placée autour de lui, en dehors du modèle et de son harnais. OpenShell est optimisé pour Vera, le CPU de NVIDIA destiné aux charges agentiques, mais le constructeur le présente comme extensible à des plateformes tierces, notamment Arm et Intel.
L’élément le plus distinctif est Sentry. Cette architecture de référence s’appuie sur un DPU NVIDIA BlueField-4 utilisé comme watchdog indépendant, chargé de surveiller en permanence l’activité de l’agent depuis une couche séparée de son environnement d’exécution. Si l’agent tente de dépasser les limites définies, Sentry peut le mettre en quarantaine en quelques millisecondes. NVIDIA insiste sur le caractère out-of-band de ce contrôle : Sentry opère dans un domaine de confiance isolé, invisible pour l’agent, capable d’inspecter requêtes et réponses, de vérifier l’identité de l’agent, de produire de la télémétrie et d’appliquer des politiques d’accès granulaires de type Zero Trust. Le groupe parle d’« in-silicon security enforcement », c’est-à-dire de règles imposées non plus seulement par l’application ou le runtime, mais par une infrastructure matérielle située en dessous.
Cette logique transpose le Zero Trust au monde des agents autonomes : un composant ne doit pas être jugé fiable parce qu’il appartient au système. Un agent possède une identité, des droits et un périmètre d’accès ; il faut donc définir précisément ce qu’il peut faire, sur quelles données, avec quels outils et dans quelles limites. La sécurité doit couvrir l’identité, le runtime, le réseau, les données et l’infrastructure, et ne plus rester cantonnée au prompt ou au modèle.
NVIDIA affirme que plus de 100 organisations participent à l’initiative, mais avec des niveaux d’implication très différents. Anthropic travaille avec NVIDIA pour ajouter des contrôles autour de ses Claude Managed Agents. SAP intègre OpenShell à Joule Studio Runtime. Salesforce l’a intégré à Slack afin de suivre l’activité des agents, l’auditer et gérer certaines demandes de permissions. Scale AI utilise l’architecture de référence dans son infrastructure agentique. Figure, Gecko Robotics et Skild AI travaillent sur l’intégration de contrôles dans des systèmes autonomes agissant dans le monde physique. Citi et JPMorganChase collaborent avec NVIDIA sur des technologies open source de sécurité des agents, tandis que d’autres acteurs de l’infrastructure et du logiciel intègrent OpenShell et les technologies associées à leurs environnements. Parmi les noms cités figurent notamment Anthropic, Cisco, CrowdStrike, Dell Technologies, HPE, Microsoft, Palantir, Palo Alto Networks, Red Hat, Salesforce, SAP, Scale AI, ServiceNow et Figure.
Le message adressé à l’écosystème est clair : la sécurité des agents ne doit plus dépendre uniquement du fournisseur du modèle, mais s’exercer sur toute la chaîne. NVIDIA prolonge ainsi sa stratégie consistant à faire de ses composants réseau et de calcul des points de contrôle centraux dans les architectures d’IA. Avec Open Agent Safety Platform, le DPU devient un observateur indépendant capable d’intervenir directement sur l’exécution d’un agent. Le paradoxe est que, si OpenShell est ouvert et annoncé compatible avec Arm et Intel, l’architecture Sentry repose elle sur le BlueField-4 de NVIDIA. Le runtime peut donc se diffuser largement, mais le point de contrôle matériel reste étroitement lié à l’architecture du groupe.