Pour les 100 ans de son usine de Lons-le-Saunier (Jura), Bel a franchi un cap technologique avec l’annonce d’un « jumeau numérique » de La Vache qui rit.

Le groupe y voit une première mondiale pour un fromage.

Le jumeau rassemble dans un même environnement virtuel les ingrédients, la formulation, les propriétés physico-chimiques, la perception sensorielle et les préférences des consommateurs. Les équipes peuvent y simuler des milliers de combinaisons de recettes et ne lancer des essais physiques au pilote que sur les plus prometteuses.

Anne Pitkowski, directrice recherche et application chez Bel, résume l’intérêt de l’outil : prédire le goût et la perception sensorielle d’une recette. Il s’agit par exemple de savoir si elle sera plus ou moins fondante, salée ou crémeuse et si elle conviendra à un palais américain ou vietnamien. La marque compte déjà plus d’une centaine de déclinaisons dans le monde.

Le développement d’un produit alimentaire repose traditionnellement sur une succession d’essais, suivis d’analyses et de dégustations. Bel présente la simulation comme un complément à cette expertise, pas un remplacement. Le groupe vise aussi une amélioration continue du profil nutritionnel et de l’empreinte environnementale de ses produits.

Deux ans de développement

La technologie a été conçue par les équipes recherche, innovation et développement de Bel. Elle doit être déployée à l’échelle industrielle à l’horizon 2028 et le groupe espère sortir à cette date les premières recettes issues de l’outil.

Selon Les Echos, deux ans de développement ont été nécessaires avec un important travail de remontée et de tri des données internes. Le montant investi n’est pas détaillé mais Bel parle d’un investissement « lourd ».

D’autres briques sont déjà en service. Des solutions de microbiologie prédictive et des outils d’aide à la formulation, issus de travaux avec des partenaires externes, sont utilisés dans les nouveaux développements.

Dassault Systèmes, partenaire depuis 2024

Le projet découle de l’accord annoncé en juillet 2024 (signé au quatrième trimestre 2023) entre Bel et Dassault Systèmes.

Cet accord prévoit le déploiement de la solution « Perfect Production », fondée sur la plateforme 3DEXPERIENCE, dans 11 usines du groupe. Il s’appuie sur des briques de gestion des opérations de fabrication (MOM) et de gestion du cycle de vie produit (PLM), sur les sciences de l’alimentation et des matériaux, et sur l’IA.

Les technologies de jumeaux numériques de Dassault sont déjà employées dans l’aéronautique, l’automobile et les sciences de la vie.

La numérisation de l’usine (jumeau, capteurs, analyseurs) reste en phase d’expérimentation. Elle vise notamment à réduire les pertes et à gérer la variabilité du lait, une matière première vivante. Le groupe répète qu’il ne s’agit pas de remplacer l’humain.

Antoine Fiévet, président de Bel, reconnaît le risque auprès des Echos. Le groupe investit chaque année des dizaines de millions d’euros dans cette démarche data et tech, « avec des retours qui restent à démontrer ». Avec 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Bel pèse moins que Lactalis ou Danone. « Nous sommes trop petits pour ne pas innover », justifie-t-il.

Photo : © DR

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