En Europe, on fait de moins en moins le parallèle entre open source et réduction des coûts.
Cette tendance s’est dessinée au gré des sondages annuels de la Fondation Linux. En tout cas de la restitution qu’elle en fait depuis 2022 pour le périmètre européen, sous forme de rapports d’une quarantaine de pages.
Nous en avons proposé une brève analyse centrée sur l’utilisation de l’open source. En miroir, il y a l’aspect contribution, que nous traitons ici.
Les contributions à l’open source, de moins en moins motivées par le développement de carrière
De 2022 à 2024, la Fondation Linux s’est arrêtée, dans ses synthèses, sur ce qui motivait les sondés à contribuer à des projets open source sur leur temps personnel.
En 2022, ils furent 78 % à déclarer que l’apprentissage et le développement personnel avaient une grande ou une très grande influence. 64 % avaient cité l’attrait du travail entre pairs. 62 %, leur responsabilité morale envers la communauté en tant qu’utilisateurs. 57 %, le moyen de combler un besoin technologique non satisfait. 48 %, les opportunités de carrière.
Le taux de mention de l’item « opportunités de carrière » a reculé en 2023 (44 %), puis en 2024 (42 %). Il est resté moins cité que l’apprentissage / développement personnel (62 %, puis 74 %), la satisfaction d’un besoin technologique (51 %, puis 55 %), la responsabilité morale (47 %, puis 53 %) et le travail avec les pairs (44 %, puis 59 %).
Des contributions inner source en premier lieu
En 2022, la pratique la plus courante de contribution à l’open source était la remontée de problèmes (ouverture d’issues). 63 % des organisations s’y adonnaient. 48 % contribuaient au code ; 38 %, à la doc ; 18 %, à d’autres assets. Elles étaient 35 % à contribuer plus indirectement en participant à des discussions sur Reddit, Stack Overflow, etc.
Cette année-là, 46 % des répondants affirmaient que leur organisation encourageait « ouvertement » les contributions. 35 % évoquaient l’absence de politique claire. Principales motivations : améliorer la qualité de leur parc de logiciels open source (85 %), remplir l’obligation morale vis-à-vis de la communauté (74 %), accroître l’attractivité de l’organisation (72 %) et améliorer la sécurité (70 %). Parmi les répondants qui passaient au moins quelques heures par mois à contribuer à des projets, 54 % le faisaient en inner source ; 43 %, sur des projets externes créés, adoptés ou sponsorisés par leur employeur ; 33 %, sur d’autres projets externes.
En 2023, le taux de contribution au code était passé à 54 %. Le taux de participation sur Reddit & Cie avait augmenté plus sensiblement, à 46 %. Les contributions à la documentation étaient restées stables (38 %).
Le taux de contribution avait crû aussi bien pour l’inner source (59 %) que pour les projets externes (49 % pour ceux créés, adoptés ou sponsorisés par l’employeur ; 47 % pour les autres).
Un quart des organisations sous-traitent des contributions amont
En 2025, la Fondation Linux avait examiné le niveau d’implication sur 4 échelons. Il en était ressorti :
14 % d’organisations « très actives » (maintenance de dépendances-clés ou contribution régulière à leur code)
28 % de participation « modérée » (contributions occasionnelles au code, à la doc et au signalement de bugs)
20 % de contributions « limitées » (remontées de problèmes et discussions, essentiellement)
23 % d’organisations « passives » (pas de contributions)
Cette année, la synthèse du rapport State of Open Source in Europe ne présente pas tant le degré d’implication que la forme qu’elle prend. 59 % des organisations contribuent à des dépôts en amont. 26 % délèguent cette tâche à du personnel externe. 37 % s’impliquent dans la gouvernance des projets. 48 % maintiennent des forks en interne.
ROI, licences et propriété intellectuelle, principaux obstacles aux contributions
Au fil des ans, les questions de licences / propriété intellectuelle et le manque de clarté sur le ROI se sont affirmés comme les principaux freins aux contributions à l’open source. La Fondation Linux a en tout cas fini par ne plus mentionner que ces aspects dans ses synthèses (2025 et 2026).
Freins
2022
2023
2024
2025
2026
Manque de clarté sur le ROI
49 %
31 %
28 %
33 %
Crainte de fuite de propriété intellectuelle
43 %
36 %
24 %
40 %
Absence de politique claire et/ou de ressources associées
41 %
30 %
Questions juridiques / licences
40 %
36 %
14 %
31 %
42 %
Contraintes technologiques
34 %
25 %
Manque de temps
73 %
Difficulté à comprendre les règles de contribution des projets
33 %
Crainte de rejet des contributions ou de retours négatifs
31 %
Manque de compensations pour les contributions
26 %
Feed-back inadéquat des mainteneurs
26 %
Problèmes de communication (dont barrière de la langue)
7 %
En 2024, plus de la moitié des répondants (51 %) disaient ne pas savoir si la réglementation influençait la participation de leur organisation à l’open source.
Deux ans plus tard, ils sont nettement plus nombreux à déclarer un impact sur la gestion des dépendances. Pour 20 % d’entre eux, le changement est net. Pour 26 %, il est modéré ; pour 17 %, mineur. 23 % n’en perçoivent pas.
Les sondés réclament d’abord du temps
Quant à ce qui accroîtrait les contributions, qu’on les interroge sous le prisme de leur organisation (2022 et 2023) ou bien dans une perspective globale (2025), les sondés privilégient toujours l’option « donner plus de temps aux employés ».
En 2022, suivaient le financement de projets (62 %), la sensibilisation à la proposition de valeur (61 %), la mise en open source de produits ou outils internes (55 %), la mise en place de politiques plus claires pour les employés (54 %) et l’implication dans l’élaboration de politiques au niveau industriel ou gouvernemental (44 %).
En 2023, les priorités avaient changé… mais la question aussi (qu’est-ce que améliorerait la « soutenabilité » des projets). Derrière l’allocation de davantage de temps aux employés (63 %), il y avait :
Accepter la responsabilité de contribuer en retour (54 %)
Sponsoriser des projets axés sur l’interopérabilité (46 %)
Donner des incitations financières pour les contributions à des projets qui ont un intérêt pour l’organisation (40 %)
Invités en 2025 à sélectionner jusqu’à trois options, les sondés avaient placé, derrière l’allocation de temps aux employés (42 %), la sensibilisation à la proposition de valeur (28 %). Puis le financement de projets (27 %), la définition de politiques plus claires (24 %) et la publication de produits ou d’outils internes (22 %).
Illustration © pexels – Shutterstock
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