L’IA mathématicienne montre des progrès notables. Et si elle finissait par casser le chiffrement post-quantique ?

Questionné à ce propos lors des Assises de la cybersécurité, Philippe Coué n’a pas nié l’existence d’un tel risque. Mais cela ne doit pas, affirme-t-il, empêcher le Crédit Agricole de se préparer au fameux Q-Day. Une échéance encore hypothétique à laquelle les ordinateurs quantiques deviendraient suffisamment puissants pour briser les algorithmes de chiffrement asymétriques actuels.

Des échéances à 2030 et 2035

Philippe Coué est group COO cybersecurity & risk IT. « Chargé de tout ce qui est transformation, sensibilisation, innovation sur les sujets et risques IT », comme il se définit lui-même.

Voilà « un an et demi, deux ans » que le Crédit Agricole réfléchit au sujet du chiffrement post-quantique. En tant que banque systémique, il a des échéances à 2030 pour ses assets critiques et à 2035 pour le reste de son parc. Il s’agit pour le moment de recommandations – qu’on trouve notamment dans une feuille de route du G7. Pas encore d’obligations réglementaires. « Mais la BCE commence déjà à nous poser des questions ».

Un premier PoC « crypto-agile » dans les assurances

Le Crédit Agricole a aussi commencé à travailler avec ses partenaires technologiques sur une roadmap, tout en intégrant dans chaque nouveau contrat des clauses d’exigence PQC. Il en est à la phase d’inventaire. Laquelle a démarré par le recensement, à un niveau macro, des principaux usages du chiffrement et des données nécessitant une protection sur plus de 10 ans.

Un PoC avec CryptoNext Security a débuté au premier semestre 2026. Il couvre un périmètre « restreint mais représentatif ». En l’occurrence, une application dans le domaine des assurances, avec « des métiers en France et à l’étranger [et] des technologies différentes ».

« Le but, c’est de profiter du passage au post-quantique pour introduire la notion d’agilité cryptographique », explique Florent Grosmaitre, président de CryptoNext. C’est-à-dire d’aller vers un cryptographie configurable, pilotée de manière centralisée, le choix de l’algorithme se faisant à l’exécution sur la base d’une politique.

Un agent intercepte les appels crypto et récupère l’algorithme depuis le serveur de politiques.

Le Crédit Agricole n’y est pas encore : « Aujourd’hui, passer d’un algorithme à l’autre dans nos infrastructures, c’est une montagne, parce que la cryptographie est codée en dur », résume Philippe Coué.

L’hybridation, un moyen, pas une fin

Pour les applications dont il n’a pas le code, le groupe explore un mécanisme alternatif de surchiffrement TLS. Il consiste à faire passer le flux d’origine dans un tunnel post-quantique géré par proxy.

Si l’hybridation n’est pas la cible, elle a été testée avec la filiale CACEIS, spécialisée dans les services financiers pour les investisseurs institutionnels. Elle pourra consistuer un palliatif « si on n’arrive pas à migrer dans les temps, comme c’est malheureusement souvent le cas »…

Le Crédit Agricole compte structurer un mode programme pour 2027, avec un budget, tout en élargissant le périmètre aux paiements et à la banque d’investissement. Quant à la possibilité que les principales librairies cryptographiques finissent par embarquer directement la crypto-agilité, Philippe Coué adopte la même posture que sur l’IA mathématicienne : « On se doit d’expérimenter. »

Des questions architecturales non résolues en l’état

« Je n’aimerais pas le dire, mais on a un manque d’agilité dans nos mises en place d’environnements de test, admet l’intéressé. On est très industriels. […] On n’a pas encore cet esprit ou ces environnements lab nous permettraient de tester à la voler des nouvelles technologiques, des nouveaux use cases ».

La première expérimentation a été « plus technique que métier ». Évoquer l’impact du chiffrement post-quantique sur les performances est donc « un peu prématuré », assure Philippe Coué. Ce qui est certain, c’est que des « questions architecturales » se posent, les options expérimentées présentant un point de défaillance unique…

Photo : Philippe Coué © DR

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