Le procès qui oppose le fondateur de Tesla et SpaceX à OpenAI et à son directeur général Sam Altman est entré dans sa phase finale, après un défilé de témoins parmi les plus influents de la Silicon Valley, dont le PDG de Microsoft Satya Nadella, l’ancienne directrice technique d’OpenAI Mira Murati ou encore le cofondateur Ilya Sutskever.
Stratégie de Musk : attaquer la crédibilité d’Altman
L’avocat de Elon Musk, Steven Molo, a fait de la fiabilité de Sam Altman l’axe central de son réquisitoire. « Cinq témoins dans ce procès l’ont traité de menteur sous serment », a-t-il déclaré, selon le Wall Street Journal. « Je veux que vous compreniez : la crédibilité de Sam Altman est directement en jeu dans cette affaire. Les défendeurs ont besoin que vous le croyiez. Si vous ne pouvez pas lui faire confiance, ils ne peuvent pas gagner. C’est aussi simple que cela. »
Pour illustrer son propos, l’avocat a eu recours à une image saisissante, rapportée par le New York Times : « Imaginez que vous êtes en randonnée et que vous tombez sur un de ces ponts en bois au-dessus d’un ravin. Une femme à l’entrée vous dit : « Ne vous inquiétez pas, ce pont repose sur la version de la vérité de Sam Altman. » Traverseriez-vous ce pont ? Je ne pense pas que beaucoup de personnes le feraient. »
Steven Molo a également pointé du doigt les conflits d’intérêts financiers de Sam Altman, qui détient des participations personnelles d’environ 2 milliards $ dans des entreprises ayant conclu des accords avec OpenAI, dont Reddit, Helion et le fabricant de puces Cerebras.
Il a par ailleurs mis en lumière la fortune accumulée par le président d’OpenAI, Greg Brockman, dont la participation dans la société vaudrait désormais près de 30 milliards $. « Vous ne pouvez pas avoir des gars avec 30 milliards $ et prétendre qu’ils y ont droit. Vous ne pouvez pas avoir des gars qui font des opérations d’auto-enrichissement… ce n’est pas une organisation à but non lucratif », a-t-il déclaré, selon le Financial Times.
Défense d’OpenAI : Musk voulait le pouvoir, pas la mission
De leur côté, les avocats d’OpenAI ont dressé un portrait radicalement différent du plaignant. Sarah Eddy a ainsi soutenu que Elon Musk n’avait jamais cherché à défendre la mission à but non lucratif d’OpenAI, mais à en prendre le contrôle. « M. Musk a essayé de vous convaincre que ses dons d’il y a des années à OpenAI étaient assortis de conditions suffisamment solides pour durer éternellement, pour ligoter OpenAI dans sa poursuite de sa mission », a-t-elle déclaré, d’après le FT. Et lorsqu’il n’a pas pu obtenir ce contrôle, « il a ramassé ses billes [et] est rentré chez lui en déclarant qu’OpenAI avait 0 % de chances de succès ».
L’avocate a également rappelé qu’en 2017, Musk avait lui-même proposé de transformer OpenAI en entité à but lucratif, avec une proposition lui accordant 50 % du capital de la société, contre 7,5 % chacun pour Altman et Brockman. « Il ne se souciait pas de la structure à but non lucratif », a-t-elle affirmé selon le NYT. « Ce qui l’intéressait, c’était de gagner. »
William Savitt, l’avocat principal d’OpenAI, a pour sa part balayé l’accusation de « vol de charité » avec une formule cinglante : « Quelqu’un a-t-il déjà entendu parler d’un braquage de banque où les braqueurs sont entrés dans la banque et y ont déposé 200 milliards de dollars ? » Il a par ailleurs souligné qu’OpenAI reste ce qu’il est malgré les prédictions de Musk. « OpenAI est ce qu’il est aujourd’hui en dépit de ses prédictions de doom certain. Pour réussir dans l’IA, il s’avère que tout ce que M. Musk peut faire, c’est venir au tribunal. »
Des enjeux considérables pour l’avenir de l’IA
Les conséquences du verdict sont potentiellement immenses. Elon Musk réclame entre 100 et 180 milliards $ de dommages et intérêts (les chiffres variant selon les sources) ainsi que l’éviction de Sam Altman et de Greg Brockman de la direction d’OpenAI, et l’annulation de la conversion en société à but lucratif. Une décision favorable à Elon Musk pourrait compromettre l’introduction en bourse qu’OpenAI prépare pour cette année.
Le jury, composé de neuf membres, devait entamer ses délibérations dès le 18 mai. Mais, conformément au système judiciaire américain, le verdict du jury n’est que consultatif. C’est la juge Yvonne Gonzalez Rogers qui aura le dernier mot, avec toute latitude pour fixer les sanctions, les réduire à la portion congrue, ou même écarter le verdict.
Les experts juridiques s’accordent à décrire Elon Musk comme un outsider dans cette procédure. Notamment en raison de la difficulté à établir l’existence d’un contrat fondateur formel car aucun document contractuel n’a été produit au procès.
Elon Musk était absent du tribunal le 14 juin, ayant quitté les États-Unis à bord d’Air Force One pour accompagner le président Trump en Chine.
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