L’entrée en Bourse de SpaceX s’annonce comme l’une des plus colossales de l’histoire des marchés.
Sa valorisation, affichée à 1 750 milliards $, repose en partie sur une promesse : Grok, le chatbot d’intelligence artificielle intégré à Space X depuis février dernier, serait appelé à conquérir les grandes organisations, à commencer par les agences fédérales américaines.
Las. Selon une enquête publiée par Reuters, la réalité est tout autre.
Les inventaires consolidés 2025 des agences fédérales recensent plus de 400 exemples d’utilisation publique de l’IA, mentionnant un fournisseur spécifique.
Parmi eux, seuls trois font référence à xAI ou à Grok. Le contraste avec la concurrence est saisissant : 234 cas impliquent des technologies fondées sur les modèles d’OpenAI, dont ChatGPT, Codex et Microsoft Copilot ; 33 concernent Gemini ou d’autres produits d’Alphabet ; et 26 portent sur Claude, le chatbot d’Anthropic.
Pourtant, les conditions semblaient réunies pour que Grok s’impose. Le chatbot est disponible pour les agences fédérales depuis huit mois, à un coût symbolique de 42 cents par agence. Même si ses concurrents directs pratiquent peu ou prou le même tarif.
Un modèle jugé insuffisant au Pentagone
La déconvenue ne se limite pas aux agences civiles. Au sein même du Pentagone, qui a pourtant conclu un contrat de 200 millions $ avec xAI, l’enthousiasme est mesuré.
À la DARPA, l’agence de recherche et développement du Pentagone, Google Gemini est utilisé pour l’analyse d’ingénierie, tandis qu’Anthropic Claude est préféré pour le codage, la rédaction et la recherche. Claude ou Gemini sont privilégiés dans les cercles d’ingénierie les plus pointus, notamment parce que Grok « n’est tout simplement pas le meilleur modèle disponible », selon une source interne citée par Reuters.
Lors de l’annonce de l’intégration de Grok à la plateforme non classifiée du ministère de la Défense, Genai.mil, de nombreux personnels lui préféraient les outils concurrents. Plus récemment, xAI a essuyé un refus lors d’un appel d’offres pour développer un produit propulsé par Grok au bénéfice du Département des Anciens combattants. Le chatbot n’aurait pas satisfait aux exigences du département.
Les réserves gouvernementales sur Grok ne sont pas un cas isolé. Selon Netskope, qui suit la façon dont des milliers d’entreprises se connectent aux modèles d’IA, Grok a « échoué à s’imposer significativement » dans les environnements d’entreprise.
Reste à savoir si cet échec d’adoption sera un risque sur la confiance des investisseurs dans les perspectives de croissance de SpaceX. Et un impact sur son IPO à venir.
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