Une gouvernance peut dériver… sans que rien ne paraisse changer
Le point de départ est souvent imperceptible.
Comme le rappelle Bianca Clapot, la perte de contrôle d’une organisation n’est pas uniquement liée à une dilution du capital ou à un changement statutaire. Elle s’installe plus tôt, de manière progressive, dans les dynamiques relationnelles et les circuits d’information.
Ces évolutions prennent la forme de micro-déplacements :
Certains acteurs deviennent des passages obligés
L’accès à l’information se désynchronise
Les décisions se préparent en dehors des instances formelles
Pris isolément, ces phénomènes restent difficilement identifiables. Mais cumulés, ils finissent par redessiner en profondeur les équilibres de pouvoir.
Le décalage entre la gouvernance “formelle” et la réalité
C’est l’un des points centraux de l’analyse de Bianca Clapot : la dissociation entre ce que montre la gouvernance… et ce qui se joue réellement.
Sur le papier :
Les instances fonctionnent
Les décisions sont prises
Les résultats sont au rendez-vous
Dans les faits, certains dirigeants ou actionnaires perçoivent autre chose :
Une évolution des flux d’influence
Des accès devenus critiques
Une perte de centralité dans les décisions
Ce ressenti, souvent diffus et difficile à formuler, constitue pourtant un signal faible majeur.
Des signaux faibles que les dirigeants doivent apprendre à capter
Pour objectiver ces dérives, Bianca Clapot propose de porter attention à une série d’indicateurs concrets, souvent négligés :
Les décisions stratégiques sont arbitrées en amont des instances officielles
L’accès à certaines informations passe par un nombre limité d’acteurs
Certaines parties prenantes sont informées plus tardivement
Les réunions entérinent des décisions déjà “écrites”
Des dirigeants restent formellement en place mais s’éloignent des flux réels de décision
Plusieurs acteurs ressentent, sans pouvoir l’expliquer précisément, qu’un déséquilibre s’installe
C’est la convergence de ces signaux — plus que leur existence isolée — qui doit alerter.
Quand la performance masque une fragilité structurelle
L’un des pièges les plus fréquents est que ces déséquilibres apparaissent dans des organisations performantes. Croissance, résultats financiers, dynamique commerciale… autant d’éléments qui peuvent donner le sentiment que la gouvernance est solide.
Mais la concentration progressive du pouvoir ne résulte pas forcément d’une stratégie intentionnelle.
Elle se construit par ajustements successifs :
Des arbitrages pragmatiques
Des habitudes relationnelles
Des gains d’efficacité à court terme
Le risque n’est pas l’existence de figures centrales. Le risque apparaît lorsque cette centralité :
N’est pas nommée
N’est pas discutée
Et surtout, n’est plus maîtrisée
Reprendre la main : rendre visibles les flux réels
Face à ces phénomènes, la tentation peut être de vouloir restructurer la gouvernance. Mais l’analyse de Bianca Clapot invite à une approche plus fine.
L’enjeu n’est pas d’abord de changer les structures, mais de retrouver une lecture claire des flux réels :
Où se concentrent les dépendances critiques ?
Quels circuits d’information conditionnent les décisions ?
Quelles asymétries se sont installées entre acteurs ?
Que se passera-t-il si ces déséquilibres se figent ?
Ce travail de mise à plat permet souvent de rééquilibrer sans brutalité, en redonnant de la visibilité et du collectif à la prise de décision.
Ce que les dirigeants doivent en tirer
Dans un contexte où les enjeux de gouvernance s’intensifient (levées de fonds, internationalisation, complexification des organisations), plusieurs enseignements opérationnels se dégagent :
Ne pas se fier uniquement aux structures formelles
Interroger régulièrement les circuits réels de décision
Identifier les zones de dépendance critique
Mettre en discussion les évolutions implicites du pouvoir
Considérer les ressentis comme des indicateurs à part entière
Car la solidité d’une gouvernance ne se mesure pas uniquement à ses règles… mais à sa capacité à rester lisible, équilibrée et maîtrisée dans le temps.
Source : https://www.linkedin.com/pulse/ce-qui-fragilise-une-gouvernance-ne-se-voit-presque-jamais-clapot-3x4re/?trackingId=nWqv9M31RzC9gehd7Ocalw%3D%3D
L’article Affaire Hermès / LVMH : ce que révèle l’analyse de Bianca Clapot sur les dérives silencieuses de gouvernance et les manières de reprendre la main est apparu en premier sur inovallée.