科技主权:欧洲孤注一掷

Souveraineté technologique : l’Europe joue son va-tout

Silicon.fr by Philippe Leroy 2026-06-04 09:39 Original
摘要
欧盟委员会发布“技术主权一揽子计划”,涵盖半导体、云与AI、开源软件及能源基础设施四大领域。其中《芯片法案2.0》聚焦AI专用芯片,《云与AI发展法案》拟投2000亿欧元并设四级主权等级以削弱美企垄断。在美国地缘压力下,该方案寻求数字自主,但需经一年以上立法博弈。

6月3日,欧盟委员会在多次推迟后终于发布“技术主权一揽子计划”,覆盖半导体、云与人工智能、开源软件及数字基础设施能源四大领域。委员会主席冯德莱恩直言,欧盟超80%的数字产品、服务和基础设施依赖非欧盟供应商,这一严峻现实因美国对国际刑事法院法官的制裁(导致其银行卡数小时内被停用)以及华盛顿政策的反复无常而再难回避,最终推动成员国达成共识。

在半导体方面,《芯片法案2.0》延续并升级了2023年的初版计划。负责该事务的委员维尔库宁披露,前期已吸引520亿欧元投资,建成5 条中试线和覆盖成员国及挪威的能力中心网络,但仍远未实现2030年占据全球20%芯片产能的目标。新版法案将重心转向AI芯片,预计到2030年AI相关器件将占半导体市场70%以上,措施包括加快项目审批、刺激欧洲芯片需求和强化本土制造能力,但资金细则尚未明确。

云和AI发展法案是整个计划的支柱,意在打破亚马逊、微软和谷歌合计超过70% 的市场控制。核心目标是在2030年前将欧洲数据中心容量提升三倍,到2035年实现完全自给,所需约2000亿欧元主要来自私营部门。法案引入四级主权分级机制,全面适用于公共部门:最低一级要求数据在欧境内存储;第二级禁止第三国方访问数据或中断服务;更高层级规定供应商须由欧洲实体控制所有,这实际上将受美国《云法案》约束的美国企业排除在外;最高级别为国防和主权职能保留,控制须贯穿整个软件供应链。欧盟委员会还将充当云服务集中采购平台,并在敏感公共招标中引入非价格标准,可能使美国巨头在战略合同中被边缘化。

开源战略则旨在将欧洲300万开源贡献者的优势转化为工业实力。目前欧盟每年在开源领域支出4亿欧元,其中约3.3亿流入美国企业,市场占比高达83%。布鲁塞尔计划加速在云、AI和网络安全等关键领域推出开源替代方案,并鼓励公共部门优先采用。

分析人士认为,特朗普的不可预测反而促成了此次突破,打破了多年来大西洋倾向国家对技术自主的阻挠。尽管维尔库宁强调“技术主权并非保护主义的代名词”,但整套方案仍需经历欧洲议会和欧盟理事会的至少一年谈判,方能最终生效。

Summary
The European Commission unveiled a "technological sovereignty package" on June 3, with President Ursula von der Leyen citing that over 80% of EU digital infrastructure relies on non-EU providers; measures include a Chips Act 2.0 targeting AI chips (led by Commissioner Henna Virkkunen) and a Cloud and AI Development Act that introduces a four-level sovereignty scale for public sector cloud services, potentially sidelining Amazon, Microsoft, and Google from sensitive contracts. The strategy, triggered by US unpredictability, aims to triple EU data center capacity by 2030 at a cost of €200 billion and boost open-source alternatives to reclaim technological independence.

The European Commission unveiled a sweeping “technology sovereignty package” on June 3, after multiple delays and a geopolitical urgency driven by U.S. unpredictability. President Ursula von der Leyen framed the measures around a stark dependency: over 80% of the EU’s digital products, services and infrastructure are supplied by non-European providers. The trigger was not just this data but recent U.S. sanctions against International Criminal Court judges—who lost access to their bank cards within hours—and Washington’s broader unreliability, which finally overrode resistance from the most pro-Atlantic member states.

The package tackles four fronts: semiconductors, cloud and AI, open-source software, and the energy underpinning digital infrastructure.

A Chips Act 2.0 extends the September 2023 semiconductor plan. Commissioner Henna Virkkunen reported €52 billion in investments, five pilot lines for lab-to-fab transfer, and a network of competence centers across member states and Norway. Yet these fall short of the 2030 target of 20% global chip production. The revamped act bets heavily on AI-dedicated chips, which Virkkunen expects to claim over 70% of the total semiconductor market by 2030. Proposals include faster permitting, incentives to boost EU chip demand, and expanded production capacity, though financing details remain vague.

The Cloud and AI Development Act is the package’s centerpiece. It aims to rebalance a market where Amazon, Microsoft and Google control over 70%. The goal is to triple European data center capacity by 2030 and meet all needs by 2035, at an estimated cost of €200 billion, mainly from private investment. Politically, the act introduces a four-tier sovereignty classification for the public sector. Tier one requires data to be stored in Europe. Tier two prevents any third country from accessing data or interrupting services. Higher tiers demand that providers be owned and controlled by European entities—effectively barring U.S. firms as long as the U.S. Cloud Act persists—and, at the top tier for defense, control must extend across the entire software stack. The Commission will also act as a cloud purchasing hub and embed non-price criteria into sensitive tenders, likely shutting out American giants from strategic contracts.

Open-source software forms the third pillar. Europe counts three million open-source contributors, yet about 83% of the EU’s €400 million in related spending flows to U.S. companies. The new strategy seeks to channel that energy into homegrown open alternatives in cloud, AI and cybersecurity, and to push public administrations toward adopting them.

Ironically, Donald Trump proved the package’s best ally. Years of sovereignty pleas had stalled under Atlanticist vetoes, but Washington’s unpredictability shifted the calculus. Brussels crafted the text carefully, avoiding overtly anti-American language. Virkkunen stressed that technology sovereignty “is not a code for protectionism.” Still, the entire package must now clear negotiations in the European Parliament and Council, a process expected to last at least a year.

Résumé
La Commission européenne a présenté le 3 juin un « paquet souveraineté technologique » comprenant un Chips Act 2.0 ciblant les puces IA, un Cloud and AI Development Act doté de 200 milliards d’euros pour tripler les capacités de centres de données d’ici 2030, et une stratégie pour l’open source. Porté par Ursula von der Leyen et la commissaire Henna Virkkunen, ce plan instaure une échelle de souveraineté à quatre niveaux pour les marchés publics, susceptible d’écarter les géants Amazon, Microsoft et Google des contrats stratégiques et de réduire la dépendance numérique de l’UE, actuellement dominée à plus de 80 % par des fournisseurs extra-européens.

Il aura fallu attendre plusieurs reports et un contexte géopolitique en ébullition pour que Bruxelles franchisse enfin le pas. Le 3 juin, la Commission européenne a présenté son « paquet souveraineté technologique », un ensemble inédit de mesures législatives et stratégiques couvrant quatre fronts : les semi-conducteurs, le cloud et l’IA, les logiciels libres, et l’énergie nécessaire à l’infrastructure numérique.

Pour fixer le cadre des mesures, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a rappelé quelques données connues de tous mais qui mesurent la dépendance massive de l’UE. Plus de de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques sont fournis par des fournisseurs. Un constat accablant, aggravé par une prise de conscience tardive mais soudainement urgente.

Car ce sont sans doute les sanctions américaines contre des juges de la Cour pénale internationale, privés en quelques heures de leurs cartes bancaires, conjuguées à l’imprévisibilité croissante de Washington, qui ont eu raison des dernières résistances des États membres les plus atlantistes.

Un Chips Act 2.0 aux ambitions XXL

Premier volet du paquet, le règlement sur les semi-conducteurs version 2 prolonge et réoriente le plan initial adopté en septembre 2023.

La commissaire Henna Virkkunen en a dressé le bilan d’étape : 52 milliards d’euros d’investissements, 5 lignes pilotes pour faciliter le passage du laboratoire à l’usine, un réseau de centres de compétences dans les États membres et en Norvège. Des résultats jugés insuffisants, loin de l’objectif de représenter 20 % de la production mondiale de puces à l’horizon 2030.

Le Chips Act 2 mise désormais sur les puces dédiées à l’IA. Selon Henna Virkkunen, les composants liés à l’IA devraient représenter plus de 70 % du marché total des semi-conducteurs d’ici 2030. Le texte prévoit notamment l’accélération des procédures d’autorisation, la stimulation de la demande de puces européennes et le renforcement des capacités de production. Les détails financiers, eux, restent à préciser.

Cloud et IA : 200 milliards et un cadre à quatre niveaux

Pièce maîtresse de l’édifice, la loi sur le développement du cloud et de l’intelligence artificielle entend rééquilibrer un marché aujourd’hui contrôlé à plus de 70 % par Amazon, Microsoft et Google.

L’objectif affiché de ce « Cloud and AI Development Act » est de tripler la capacité européenne en centres de données d’ici à 2030 et couvrir l’intégralité des besoins d’ici à 2035. La facture, estimée à 200 milliards €, doit essentiellement être mobilisée dans le secteur privé.

Le cœur politique du texte réside dans une échelle de souveraineté à quatre niveaux, applicable à l’ensemble du secteur public.

Au bas de l’échelle, les données des administrations doivent simplement être stockées en Europe. Au niveau suivant, toute possibilité pour un pays tiers d’accéder aux données ou d’interrompre le service doit être exclue. Les prestataires devront ensuite, selon les niveaux, être détenus et contrôlés par des entités européennes. Une exigence qui exclut de facto les acteurs américains tant que le Cloud Act reste en vigueur. Au sommet de l’échelle, réservé à la défense et aux fonctions régaliennes, le contrôle doit s’étendre à l’intégralité de la chaîne logicielle.

La Commission se réserve par ailleurs un rôle de centrale d’achat cloud pour les institutions et les États membres, et introduit des critères non tarifaires dans les marchés publics sensibles qui pourraient mécaniquement écarter les géants américains des contrats les plus stratégiques.

L’open source, levier de reconquête

Troisième pilier du paquet, la stratégie européenne pour l’open source entend faire de la communauté des développeurs libres un atout industriel. L’Europe dispose d’un contingent de 3 millions de contributeurs à des projets open source.

Pourtant, selon une étude récente, l’UE dépensait 400 millions € dans ce domaine, dont environ 330 millions profitant à des entreprises américaines, soit une part de marché de 83 %.

Bruxelles entend inverser la tendance en accélérant la création d’alternatives ouvertes dans des secteurs clés ( cloud, IA, cybersécurité ) et en encourageant les administrations publiques à y recourir davantage.

Paradoxalement, c’est Donald Trump qui aura été le meilleur allié de ce paquet. Pendant des années, les appels à l’autonomie numérique européenne se heurtaient au veto des capitales les plus atlantistes.

L’imprévisibilité de Washington a changé la donne. Bruxelles a pris soin de ne pas rédiger un texte ouvertement antiaméricain. Henna Virkkunen insiste sur le fait que la souveraineté technologique n’est pas un code pour le protectionnisme.

Il n’empêche. Avant d’entrer en vigueur, l’ensemble du paquet devra être négocié par le Parlement européen et le Conseil, pour un processus d’au moins un an.

Photo : © DR

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AI Insight
Core Point

欧盟委员会推出“技术主权一揽子计划”,涵盖半导体、云与AI、开源及数字能源,旨在摆脱对非欧盟技术的高度依赖,因应美国地缘政治不确定性,重塑本土数字主权。

Key Players

欧盟委员会 — 欧盟行政机构,驻布鲁塞尔,提出该主权计划以强化自主可控。

Industry Impact
  • ICT: 高 — 计划直接干预云、AI和半导体市场,通过分级主权要求重塑竞争格局。
  • 计算/AI: 高 — 《云与AI发展法案》要求2030年前数据中心容量增两倍,并设立四级主权标准,敏感领域将排除非欧供应商。
  • 能源: 低 — 提及数字基础设施能源需求,但未列具体措施。
Tracking

强烈跟踪 — 此举标志着欧盟从自由市场向主权干预的急剧转向,将重构全球科技企业对欧准入与供应链布局。

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