Tout part d’un courrier reçu par Anthropic le vendredi 12 juinà 17h21 (heure de Washington).
Le département du Commerce, par la voix du secrétaire Howard Lutnick, ordonne à la scale-up de suspendre l’accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, qu’il se trouve sur le sol américain ou non. Y compris les propres employés d’Anthropic nés hors des États-Unis.
Le gouvernement américain, invoquant des pouvoirs liés à la sécurité nationale, publie une directive de contrôle des exportations.
Problème : il est techniquement impossible de cibler uniquement les utilisateurs étrangers.
Anthropic explique avoir donc dû couper l’accès pour absolument tout le monde, partout, afin de se conformer à l’ordre reçu. Mais réfute la méthode choisie par Trump.
« Nous contestons que la découverte d’une faille de sécurité potentielle, même minime, justifie le retrait d’un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes. Si cette norme était appliquée à l’ensemble du secteur, nous pensons qu’elle bloquerait de facto tout nouveau déploiement de modèle pour tous les fournisseurs de modèles innovants.» se plaint la scale-up.
Anthropic s’exécute mais conteste la décision
Selon sa version, le gouvernement américain n’aurait fourni que des preuves verbales d’un « jailbreak » potentiel, limité et non universel. Anthropic affirme avoir vérifié que le niveau de capacité ainsi démontré est largement accessible via d’autres modèles concurrents, dont GPT-5.5 d’OpenAI, et correspond à un usage quotidien des équipes de cyberdéfense..
Sur le plan diplomatique, Anthropic affirme partager l’idée que le gouvernement doit pouvoir bloquer des déploiements jugés dangereux, mais à condition que cela s’inscrive dans un cadre légal transparent, équitable, clair et fondé sur des éléments techniques. Des principes que, selon elle, cette action ne respecte pas.
« Nous pensons qu’il s’agit d’un malentendu et nous mettons tout en œuvre pour rétablir l’accès au plus vite.» indique-t-elle.
Selon Axios, certains de ses cadres techniques de haut niveau se trouvent actuellement dans la capitale américaine pour rencontrer des responsables de la Maison Blanche et tenter de résoudre le différend.
La réaction ne s’est pas fait attendre côté européen. Dimanche 14 juin, la Commission européenne a fait savoir qu’elle examinait les conséquences pratiques de cette décision pour les utilisateurs européens du service.
Le porte-parole Thomas Regnier a tenu à poser des limites claires sur le terrain diplomatique, rappelant que ces nouveaux modèles d’IA très puissants présentent des bénéfices réels, notamment en matière de cyberdéfense, tout en soulevant des questions de sécurité légitimes, mais que les mesures prises dans ce contexte ne devraient pas être discriminatoires envers les partenaires.
Bruxelles saisit l’occasion pour relancer son discours sur l’autonomie technologique du continent. Pour la Commission, cet épisode illustre une fois de plus la nécessité, pour l’Europe, de renforcer sa souveraineté technologique.
Mauvais timing pour une IPO en préparation
L’affaire intervient à un moment crucial pour Anthropic qui vient de déposer une demande d’introduction en Bourse aux États-Unis Ses relations avec l’administration Trump étaient déjà sous tension depuis le début de l’année sur fond de désaccord concernant l’usage militaire de ses modèles à des fins de surveillance ou d’armement autonome.
Selon le Financial Times, le climat reste explosif. La scale-up est engagée dans une bataille juridique avec le gouvernement américain au sujet de sa classification par le Pentagone comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement ».
Pour les investisseurs qui suivront son dossier IPO d’Anthropic, ce nouvel épisode de tensions est un signal difficile à ignorer.
Illustration générée par l’IA
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