Oui, VMware est un sacré sujet dans la sphère publique.
Au gré des auditions, la commission d’enquête parlementaire sur les dépendances numériques en a donné un bel aperçu.
Pour le CNRS, une sortie « inenvisageable à moyen terme »
Le 1er avril 2026, des DSI d’organisations de recherche ont témoigné. Dont Marie-Pierre Fontanel, qui occupe ce poste au CNRS. « Nous sommes entièrement sur VMware », a-t-elle admis. Une sortie est « inenvisageable à moyen terme : cela nous coûterait extrêmement cher ». L’intéressée fait le parallèle avec son patrimoine SAP : « [en sortir] quand on l’utilise depuis 20 ans, avec des développements spécifiques, est extrêmement compliqué. »
« Contrairement à nos collègues, nous n’avons pas subi d’augmentation lors du passage à Broadcom, tempère Marie-Pierre Fontanel : je pense que nous payions déjà le maximum ».
L’Inrae vise les outils de la Dinum « quand c’est possible »
L’Inrae a fait le choix d’une solution libre pour remplacer VMware. Son DSI Jean-Michel Vansteene ne précise pas laquelle, mais affirme envisager une migration cette année. L’institut n’a pas chiffré précisément le nombre de jours-hommes nécessaires, mais compte beaucoup sur l’automatisation qu’il a développée.
« Nous menons une action résolue pour sortir de progressivement […] et aller vers les outils de la Dinum quand c’est possible », précise Louis-Augustin Julien, directeur général délégué aux ressources de l’Inrae. Il ajoute qu’un abandon de Zoom est prévu, au profit de l’outil de visioconférence de l’État. Et que l’institut a quitté l’ERP d’Oracle pour passer à une solution mutualisée au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur base SAP.
À l’Inserm, une migration estimée à 1000 jours-hommes
L’Inserm aussi utilise VMware. Les alternatives sont rares, constate Damien Rousset, directeur général délégué à l’administration. D’un côté, le logiciel libre « pose des difficultés de maintenance en raison des ressources humaines qu’il requiert ». De l’autre, les outils souverains que développe l’État « ne pourront pas tout couvrir ».
« Ce n’est pas Microsoft qui coûte le plus cher, car nous bénéficions de licences dites ‘éducation’, ajoute Damien Rousset. C’est de l’ordre de 350 000 € par an ». Les éditeurs qui coûtent le plus cher à l’Inserm sont Broadcom (plus d’un million d’euros par an pour les technos VMware), ainsi que Palo Alto et Splunk « qui doivent également dépasser le million d’euros chacun ».
« Quand ils ont annoncé une augmentation de 50 % ou 60 % des coûts du jour au lendemain, nous nous sommes posé la question de changer », poursuit Damien Rousset. La DSI avait évalué le coût de l’accompagnement de la migration à 1000 jours-hommes. L’Inserm a alors amorcé une diversification en introduisant une solution de virtualisation open source. « Nous n’avons pas été capables d’absorber une migration complète du jour au lendemain et avons donc dû subir cette hausse de coût », reconnaît toutefois l’intéressé.
À l’Éducation nationale, 2,5 M€ par an… mais une « économie de moyens considérable »
Au ministère de l’Éducation nationale, les dépenses liées à l’ensemble des technologies VMware s’élèvent à environ 2,5 M€ par an. Leur usage sur l’ensemble de la stack technique est à la fois un avantage et un inconvénient, explique Audran Le Baron, directeur du numérique pour l’éducation. « Cette situation nous a protégés du […] changement de politique tarifaire […] de l’éditeur : celui-ci ayant regroupé l’ensemble de son offre, les clients qui n’en utilisaient qu’une partie ont dû acheter la totalité […] tandis que notre facture est restée stable ». Ce choix a aussi « permis d’opérer un cloud interne avec une économie de moyens considérable ». Les effectifs mobilisés sont, en l’occurrence, « sans commune mesure avec ceux qu’il faut employer pour faire fonctionner un cloud sur des technologies libres, comme le font la DGFiP ou le ministère de l’Intérieur ».
Le plan de sortie de VMware apparaît plus compliqué à mettre en œuvre que celui visant à sortir d’Oracle. Le problème ne se situe pas tant au niveau des bases de données (le ministère a surtout une adhérence à Db2 d’IBM, dont il souhaite s’extraire à moyen terme) que des services d’identité de messagerie dans les académies (en cours de remplacement) et de WebLogic « pour une bonne partie de nos applications web ».
VMware, une « dépendance maîtrisée » aux ministères économiques et financiers
Yves Billon, chef de service numérique au secrétariat général des ministères économiques et financiers, qualifie VMware de « dépendance maîtrisée ». Le cloud interne Nubo s’appuie effectivement sur de l’OpenStack. Les décisions de Broadcom se sont ainsi révélées « assez peu douloureuses ». « Nous explorons des solutions alternatives […] comme Proxmox, que nos équipes testent en profondeur », déclare Yves Billon. Ces solutions « réservent tout de même quelques surprises, tempère-t-il : il ne faut pas croire que les bascules se passent toujours très facilement ».
Les fédérations d’acheteurs, pour « faire levier »
Thomas Jan est directeur général adjoint chargé de l’innovation et de la stratégie numérique de l’Union des hôpitaux pour les achats (UniHa). « Dans le secteur de la santé, nous avons eu connaissance d’une proposition faite à un CHU dont le prix, à besoins constantes, avait augmenté […] de 800 % », signale-t-il. « L’intérêt d’avoir une fédération d’adhérents dans notre structure est que nous pouvons intervenir rapidement et en masse avec un effet de levier vis-à-vis de l’acteur concerné, poursuit-il. Toutefois, ne nous leurrons pas : nous sommes un petit maillon à l’échelle du monde. Le rachat de VMware, malheureusement pour ainsi dire, a un peu changé la donne en montrant qu’il fallait faire autrement ».
Stéphanie Schaer fait écho aux propos de Thomas Jan. « Plus la masse d’un ministère est importante, plus sa capacité à négocier l’est aussi », remarque-t-elle. La directrice interministérielle du numérique évoque le travail technique que la Dinum mène pour identifier les solutions alternatives. « Parfois, une bonne négociation permet de se donner le temps d’envisager la sortie, rappelle-t-elle. C’est la direction que prend actuellement ce chantier ».
De VMware à l’open source, Bpifrance s’est « déverrouillé »
« Notre DSI a vu venir le phénomène », relate Arnaud Cadoux, directeur général adjoint de Bpifrance. « Bien que sa première réaction ait été négative, nous avons collectivement estimé que le moment était venu d’agir. L’investissement nécessaire pour sortir [de VMware] au profit de l’open source s’est avéré rentable, car ce mouvement nous a rendus beaucoup plus facilement compatibles avec un certain nombre de fournisseurs cloud européens. »
Michel Paulin, président du comité stratégique de filière « solutions numériques de confiance » du Conseil national de l’industrie, va dans le même sens : « Il existe en Europe et en France, des outils de virtualisation, tout aussi performants, en open source. Utiliser quelques pourcents de son budget pour tester ces solutions, c’est du bon sens. »
Broadcom, pas seul à augmenter les prix
En octobre 2025, la Cour des comptes publiait un rapport sur les enjeux de souveraineté des SI civils de l’État. Elle y évoque le cas VMware.
Les administrations sont protégées par l’encadrement de leurs relations par des marchés pluriannuels, note Emmanuel Markovitch, président de section à la première chambre. Le changement de politique tarifaire de Broadcom a néanmoins engendré un surcoût de 35 % pour l’AIFE (Agence pour l’informatique financière de l’État). Il prend aussi cette dernière en exemple pour illustrer que le basculement vers le cloud est souvent l’occasion de tels changements de politiques… traduits notamment par des surcoûts. Témoin le logiciel Chorus, dont l’ancienne version fonctionnait sur le logiciel SAP. Un changement de version de ce dernier a obligé à une migration importante et l’AIFE a étudié la possibilité de changer d’éditeur. Des simulations de ce scénario ont fait apparaître un surcoût allant de 110 à 160 %. Soit une charge supplémentaire de 64 M€.
De mauvaises surprises avec Citrix
Pour les membres du Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises), on parle d’une transition qui peut s’étendre sur 3, 4 ou 5 ans, selon Henri d’Agrain. Le délégué général de l’association fait remarquer qu’au terme du processus, les organisations « [se retrouvent] souvent sur une solution équivalente, sans gain de productivité significatif. [Elles ont] simplement quitté une relation devenue toxique, avec le risque d’en recréer une autre ». Il en veut pour preuve des entreprises ayant envisagé de passer de VMware à Citrix… avant de constater la mise en place de mécanismes similaires de verrouillage. Notamment après l’arrivée d’un ancien dirigeant ayant piloté le rachat de VMware par Broadcom.
Illustration générée par iA
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