Et si une partie de la réponse aux canicules urbaines, aux pluies intenses et à l’effondrement du vivant se trouvait juste au-dessus de nos têtes ? En rejoignant le Tarmac d’inovallée, Urbelian arrive avec une conviction forte : les toitures, encore trop souvent oubliées, peuvent devenir un formidable levier d’adaptation climatique. La startup développe pour cela une approche globale de la végétalisation du bâti, pensée pour aider les propriétaires et gestionnaires de patrimoine à passer plus facilement à l’action.
Quand la ville devient plus chaude, plus minérale et plus vulnérable
À l’origine d’Urbelian, il y a un constat de plus en plus difficile à ignorer : en ville, le changement climatique ne se contente pas de frapper plus fort, il se combine à l’artificialisation des sols pour aggraver les déséquilibres. Moins il y a de surfaces végétalisées, plus la chaleur s’installe vite. Et plus les sols sont imperméabilisés, moins l’eau de pluie peut être absorbée naturellement. Au bout de la chaîne, les villes deviennent à la fois plus chaudes, plus vulnérables aux inondations et plus exposées aux épisodes extrêmes.
Bien sûr, la végétation reste l’une des réponses les plus évidentes. Mais dans les tissus urbains denses, planter davantage n’est pas toujours simple. Entre les réseaux enterrés, les contraintes techniques, les flux de circulation et la densité du bâti, chaque mètre carré disponible se négocie. Pendant ce temps, le béton, l’asphalte et les surfaces minérales continuent d’absorber la chaleur et de la restituer, accentuant encore l’effet de surchauffe.
Le phénomène est désormais bien documenté : l’effet d’îlot de chaleur urbain peut créer plusieurs degrés d’écart entre la ville et les zones rurales voisines, avec des écarts qui peuvent être encore amplifiés lors des épisodes caniculaires (jusqu’à 10 degrés d’écart observé selon Météo-France).
L’artificialisation pèse aussi sur la biodiversité urbaine. À Paris, selon la LPO (ligue de protection des oiseaux), la population de moineaux a chuté de 72 % entre 2003 et 2016, soit près de trois oiseaux sur quatre, un indicateur fort de l’appauvrissement des milieux urbains et de la raréfaction des habitats favorables.
Et si la solution se trouvait sur les « cinquièmes façades » ?
C’est là qu’Urbelian pose son regard : sur les toitures. Ces surfaces immenses, souvent plates, bétonnées ou gravillonnées, restent encore largement sous-exploitées alors qu’elles pourraient jouer un rôle majeur dans la transformation des villes. Pour la startup, les toits ne sont pas un détail du paysage urbain. Ce sont des espaces d’action. Une toiture végétalisée peut contribuer à rafraîchir (jusqu’à -5°C) et améliorer la durabilité d’un bâtiment, limiter les risques d’inondations en retenant une partie des eaux pluviales, réduire la saturation des réseaux et enfin recréer un peu de vivant là où il a disparu.
Le sujet devient encore plus décisif quand on regarde la réalité du parc immobilier français. Le bâti neuf ne représente qu’une infime partie de la transformation en cours : l’essentiel se joue sur l’existant. Autrement dit, si l’on veut adapter la ville, il faut agir sur les bâtiments déjà en place. C’est précisément le terrain de jeu qu’Urbelian a choisi : aider les acteurs immobiliers à repérer, hiérarchiser et activer les toitures qui peuvent réellement être végétalisées.
Aujourd’hui, seule une part encore marginale de ce potentiel est réellement exploitée. Pour Urbelian, l’enjeu n’est donc pas seulement technique. Il s’agit aussi de structurer un marché, de lever les freins à la décision et d’accompagner les maîtres d’ouvrage vers des projets crédibles, finançables et mesurables.
Faire bouger un marché encore freiné par les idées reçues
En France, la végétalisation du bâti progresse, mais elle reste encore loin de son potentiel. Ailleurs en Europe, le réflexe est souvent plus installé, porté par un écosystème mieux structuré et des acteurs identifiés. Ici, beaucoup d’organisations veulent avancer, mais se heurtent encore à un manque de lisibilité : quels bâtiments sont éligibles, à quel moment intervenir, avec quels partenaires, pour quel coût et avec quels bénéfices réels ?
Le contexte réglementaire pousse pourtant de plus en plus clairement à agir. Entre la loi APER, le décret tertiaire et les dynamiques de rénovation renforcées par la loi Climat et Résilience, les gestionnaires de patrimoine savent que la question des toitures, de la performance énergétique et de l’adaptation climatique ne peut plus être traitée à la marge. C’est dans cet espace, entre contrainte réglementaire et opportunité stratégique, qu’Urbelian veut s’inscrire.
Bailleurs sociaux, foncières, collectivités : Urbelian cible en priorité les acteurs qui gèrent des patrimoines immobiliers importants et qui ont la capacité de déployer une stratégie à l’échelle de plusieurs sites. Ce sont aussi ceux pour qui les enjeux climatiques, énergétiques et réglementaires se croisent le plus directement.
Mais malgré cette convergence d’intérêts, de nombreux freins persistent. Coût supposé trop élevé, risques perçus pour le bâtiment, manque de lisibilité sur les aides, vision encore trop souvent réduite à une dimension esthétique : autant d’idées reçues qui ralentissent la décision.
« Nous souhaitons rendre les projets de végétalisation plus lisibles, plus sécurisés et plus simples à engager » commente Rio Darold, co-fondateur d’Urbelian.
Une méthode pensée pour faire passer les projets du potentiel au réel
Concrètement, Urbelian commence par aider ses clients à voir ce qu’ils ne voyaient pas toujours jusque-là : les bâtiments réellement éligibles, les toitures prioritaires, les moments où il devient pertinent d’intégrer la végétalisation dans une trajectoire de rénovation. L’idée n’est pas d’ajouter une couche de complexité, mais d’intervenir au bon moment, avec les bonnes données.
La solution permet de construire une vision patrimoniale globale : comprendre le contexte, définir les objectifs, cadrer le périmètre d’intervention et hiérarchiser les enjeux climatiques, sociaux, réglementaires et économiques. À l’échelle d’un parc immobilier, Urbelian réalise un diagnostic multibâtiments afin d’identifier les sites éligibles, de les scorer et de prioriser les projets selon leur impact attendu et leur faisabilité.
La solution aide ensuite à repérer les aides mobilisables pour faciliter le financement. Enfin, elle vise à mesurer les bénéfices de la végétalisation, qu’il s’agisse de la rétention des eaux pluviales, de la réduction de la chaleur autour et dans le bâtiment, des économies d’énergie ou encore des effets sur la biodiversité.
Pour chaque site prioritaire, Urbelian conduit une étude projet complète, intégrant les contraintes techniques, réglementaires, économiques et d’exploitation. La solution prend notamment en compte les obligations liées au PLU, à la loi APER ou au décret tertiaire, ainsi que les subventions mobilisables. Elle évalue également les performances écosystémiques attendues — eau, chaleur, biodiversité, carbone et retour sur investissement — à travers des scénarios comparatifs permettant d’objectiver les impacts environnementaux, sociaux et sociétaux.
Au-delà de l’aide à la décision, Urbelian sécurise le passage à l’action grâce à un accompagnement opérationnel : appui à la rédaction des pièces techniques, consultation des offres, aides mobilisables, suivi de chantier, réception des travaux et sourcing de partenaires adaptés.
Une fois la toiture végétalisée en place, la solution assure le monitoring des performances réelles, afin de mesurer, suivre et valoriser les bénéfices obtenus (reporting RSE, rapports ESG, etc.).
C’est cette logique d’accompagnement de bout en bout qui donne au projet sa cohérence et sa portée opérationnelle.
Derrière Urbelian, une alliance entre vision entrepreneuriale et expertise terrain
À l’origine du projet, Rio Darold. Un entrepreneur qui porte depuis plusieurs années une conviction simple : la nature en ville ne peut plus être pensée comme un supplément d’âme. Avec une casquette à la fois marketing et développement commercial, il a commencé à structurer Urbelian avec l’INRIA via un projet issu de son startup studio (Vergora), qui s’est vu distingué par plusieurs récompenses : le prix Deep Impact de Linksium ; le prix coup de cœur du public des Trophées Rotary de la création d’entreprise 2025, dans la catégorie environnement. Aujourd’hui, il rejoint le Tarmac pour donner à la société nouvellement créée un cadre d’accélération à la hauteur de ses ambitions.
À ses côtés, Yannik Beix apporte trois décennies d’expérience dans la végétalisation du bâti. Cette complémentarité entre regard entrepreneurial, compréhension des enjeux de marché et expertise technique donne à Urbelian une assise particulièrement crédible au moment d’entrer en phase de lancement commercial.
Une arrivée au Tarmac pour accompagner le lancement commercial
L’arrivée d’Urbelian au Tarmac et sur inovallée accompagne un moment charnière pour la jeune startup : le lancement commercial, alors que plusieurs structures ont déjà manifesté leur intérêt. Pour l’incubateur, cette intégration raconte aussi quelque chose de plus large : l’émergence de startups qui ne se contentent pas de parler transition, mais cherchent à la rendre tangible.
Urbelian ne se limite pas à identifier un potentiel de végétalisation : la solution structure, sécurise, pilote et valorise l’ensemble de la démarche, depuis la stratégie patrimoniale jusqu’à la mesure d’impact.
À l’heure où les villes cherchent des réponses concrètes face aux canicules, aux pluies extrêmes et à l’érosion de la biodiversité, Urbelian fait le pari d’un changement de perspective : regarder enfin les toits comme des alliés. Et si l’adaptation climatique commençait aussi là, au sommet des bâtiments ?
L’article Urbelian, la startup qui veut remettre la nature sur les toits des villes est apparu en premier sur inovallée.