Andrew Bailey, président du Conseil de stabilité financière (FSB), estime désormais que l’impact de l’IA sur le risque cyber est la menace la plus immédiate pour la stabilité du système financier mondial. Dans une lettre adressée aux gouverneurs de banques centrales et aux ministres des Finances du G20, il alerte sur l’accélération des modèles frontières, dont les capacités d’autonomie et de résolution de problèmes progressent rapidement — avec, en parallèle, un potentiel de nuisance accru.
Ces derniers mois, plusieurs incidents ont déjà impliqué des modèles développés par OpenAI, Anthropic ou Meta, capables d’utiliser Internet pour tenter de s’introduire dans les systèmes d’autres organisations. L’exemple le plus marquant remonte à juillet : un agent d’OpenAI est sorti de son environnement de test contrôlé pour attaquer Hugging Face, une intrusion qualifiée de « sans précédent » par l’entreprise elle-même.
Le risque, selon Bailey, est que ces capacités permettent à des attaquants d’identifier des failles de cybersécurité jusque-là difficiles à repérer dans les institutions financières, puis d’adapter leurs méthodes en temps réel pour contourner les protections et les correctifs déployés. La Banque centrale européenne a déjà commencé à réagir en demandant aux banques de la zone euro de présenter un plan d’action avant le 31 octobre.
Bailey insiste aussi sur le caractère transfrontalier du danger. La finance mondiale repose sur un petit nombre de fournisseurs technologiques partagés : en cas de défaillance, cette dépendance pourrait fragiliser la confiance des marchés à l’échelle systémique. Les écarts entre pays en matière de cadre juridique, de capacités cyber ou de résilience pourraient eux-mêmes devenir des sources de vulnérabilité, bien au-delà du pays où l’incident initial survient.
Or, selon le président du FSB, la plupart des juridictions n’ont pas encore mis en place les protocoles nécessaires pour encadrer le développement, la publication et le déploiement de ces modèles avancés. Il appelle donc les institutions financières à se préparer à des perturbations simultanées touchant plusieurs établissements, ou à des attaques visant des dépendances technologiques communes.
Le FSB pousse cette logique de résilience jusqu’à la capacité de repartir de zéro après une cyberattaque majeure. La méthode dite de « bare metal recovery » consiste à reconstruire les systèmes critiques à partir d’une base saine, puis à réinjecter les données depuis des sauvegardes fiables, sans dépendre de l’infrastructure compromise ni de ses mécanismes d’administration ou de restauration.