Jamespot est classé en « intranet », Jalios en « digital workplace », NumSpot en « IaaS », Scaleway en « stockage cloud » et Cloud Temple en « cloud » : ces positionnements parfois surprenants illustrent la logique de l’EU Tech 300, un classement lancé en juin sous l’impulsion d’YSIABS (Yellow Sparks In A Blue Sky), association à but non lucratif créée un an plus tôt.
Derrière cette structure, Olivier Rohou, fondateur d’eLamp (gestion des compétences, revendu à 360Learning en 2023), apparaît comme l’initiateur principal. Il décrit YSIABS comme un « mouvement réactionnaire face au techno-fascisme ». De son côté, le cabinet Advaes, qui a rejoint le comité de surveillance de l’EU Score, préfère parler d’un « mouvement citoyen » visant à défendre une Tech « unie, forte et indépendante » au sein de l’Union européenne.
Le premier projet d’YSIABS, lancé il y a près d’un an, est l’EU Score, présenté comme le « Nutri-Score de la tech européenne ». La notation repose d’abord sur des critères de présence en Europe : salariés, investisseurs, fournisseurs et serveurs. S’y ajoutent des critères ESG et DEI. Le résultat est une note sur 700, assortie d’un grade allant de AAA à C. L’association a aussi commencé à intégrer deux dimensions supplémentaires — l’origine du code source et sa disponibilité en open source — mais elles ne sont pas encore prises en compte dans le calcul final.
L’EU Score a été cité en mai comme « exemple inspirant » dans le rapport du CIANum sur la souveraineté numérique, au même titre que l’Indice de résilience numérique. Ce dernier est porté par l’aDRI (association for Digital Resilience Initiative), fondée notamment par David Djaïz, Yann Lechelle, ancien DG de Scaleway, et Arno Pons, délégué général de Digital New Deal.
L’EU Tech 300 s’appuie sur l’EU Score, mais adopte une méthodologie particulière. Le classement est organisé par domaines, appelés « compétences », et met en avant jusqu’à cinq fournisseurs par catégorie, à condition qu’ils aient leur siège social dans l’UE. La nomenclature est très large : 189 domaines couvrent à la fois le B2C et le B2B. On y trouve des catégories générales comme « cybersécurité », mais aussi des segments très précis tels que CTI, PAM, EDR, WAAP, VPN ou IAM. Chaque fournisseur ne peut être rattaché qu’à un seul domaine, celui où il compte le plus de concurrents dans l’UE.
Cette règle produit des effets parfois contre-intuitifs : beaucoup d’acteurs se retrouvent seuls, ou presque seuls, dans leur catégorie. ESET est ainsi classé en CTI, tandis que Sekoia, pourtant active sur le même segment, apparaît en « cybersécurité ». Stormshield figure en EDR, alors qu’ESET propose aussi une offre dans ce domaine. Le choix des solutions retenues pour déterminer la catégorie privilégie en outre les codes propriétaires, c’est-à-dire maîtrisés par l’éditeur.
Les classements réservent aussi quelques surprises sur d’autres marchés. ChapsVision apparaît en « protection des données » via CrossinG, Dragon LLM en « gestion des connaissances », alors que Mistral AI est en « LLM » et Cleyrop en « agents ». Wimi est rangé en « gestion de projets », tandis qu’Oodrive est classé en « cyberrésilience ». Sur le B2C, OsmAnd se retrouve en « cartes », Cartes.app en « GPS », komoot en « GPS » également, et Wikiloc en « itinéraires à pied ».
Malgré son nom, l’EU Tech 300 recense en réalité 473 fournisseurs à la dernière mise à jour. Côté notation, Scaleway et Cloud Temple figurent parmi les mieux notés de l’EU Score, avec 685 points chacun. Cloud Temple obtient ce score pour l’ensemble de son offre, tandis que Scaleway l’atteint globalement et plus spécifiquement pour son offre TEM d’e-mails transactionnels ainsi que pour son Kubernetes managé Kapsule.
Ces initiatives, nées en France, cherchent donc à fournir un référentiel alternatif pour mesurer et valoriser la souveraineté numérique européenne. Mais leur méthodologie, très structurée et parfois discutable dans ses arbitrages de classement, montre aussi combien la définition d’une « tech européenne indépendante » reste un exercice complexe.