Alice & Bob, spécialiste français des ordinateurs quantiques tolérants aux fautes (FTQC), a conclu un partenariat de recherche avec le CEA afin de rapprocher ses futurs processeurs quantiques des infrastructures de calcul haute performance (HPC) déjà utilisées dans les laboratoires et l’industrie. L’objectif est double : faciliter l’interopérabilité entre calcul quantique et supercalculateurs, et identifier des cas d’usage industriels concrets avant même l’arrivée à maturité de la technologie.
Après la présentation de Helium, son premier système quantique, Alice & Bob veut désormais lever deux freins majeurs à l’adoption du quantique utile. Le premier consiste à rendre sa pile logicielle compatible avec les environnements HPC existants ; le second à développer des applications dont la valeur pour l’industrie soit démontrée. Pour cela, la société va raccorder sa stack à une chaîne de calcul hybride basée sur Qaptiva, la plateforme applicative quantique de Bull. Cette plateforme est conçue pour être indépendante du matériel : un développeur peut écrire son code une seule fois puis l’exécuter sur différents processeurs quantiques, en local ou via le cloud. Qaptiva gère aussi la répartition et le pilotage des calculs dans ces environnements mixtes.
L’intégration s’appuiera sur l’expertise du CEA dans le couplage entre calculateurs quantiques et systèmes HPC. Chloé Poisbeau, directrice des opérations d’Alice & Bob, résume l’enjeu : « Notre priorité est de rendre la technologie FTQC unique d’Alice & Bob utilisable dans les environnements où s’effectuent les calculs réels […] nous levons les freins à son adoption et posons les bases opérationnelles d’un accès fluide et de niveau industriel aux systèmes FTQC. »
Le partenariat inclut aussi un programme de recherche commun sur les problèmes physiques dits « à N-corps ». L’ambition est de concevoir des algorithmes exploitables sur les premières machines quantiques tolérantes aux fautes attendues autour de 2030. Pour Alice & Bob et le CEA, ce domaine constitue un terrain d’expérimentation stratégique pour démontrer un avantage quantique sur des cas à forte valeur industrielle : conception de nouveaux matériaux, chimie, simulations industrielles complexes. Les deux partenaires estiment qu’une approche combinant HPC et quantique pourrait réduire le délai entre découverte scientifique et application en ingénierie.
Jacques-Charles Lafoucrière, directeur de programme au CEA, souligne cette double dimension fondamentale et appliquée : « La physique des systèmes à N-corps se situe à la croisée de la science fondamentale et des enjeux industriels […] lorsque les systèmes eFTQC atteindront le niveau de maturité requis, les voies de création de valeur auront déjà été validées et seront prêtes à changer d’échelle. »
Au total, l’accord associe la technologie de qubits de chat d’Alice & Bob, une passerelle technique entre quantique et HPC, et un travail commun sur des usages industriels jugés prometteurs. La logique est claire : préparer dès maintenant les débouchés économiques du FTQC, plutôt que d’attendre que la technologie soit mature pour chercher ses applications.