Akamai s’apprête à engager des dépenses d’investissement record, avec plus de 3 Md$ attendus sur son prochain exercice, sous l’effet d’un contrat d’une ampleur inédite signé avec Anthropic. La valeur minimale de l’accord atteint 11,6 Md$ sur 7 ans, avec un potentiel pouvant grimper jusqu’à 20,6 Md$. Anthropic utilisera l’infrastructure d’Akamai pour ses charges de travail CPU.
Le montage inclut aussi une dimension capitalistique. Anthropic pourra, à terme, monter jusqu’à 5 % du capital d’Akamai via des bons de souscription émis par tranches, donnant droit à des actions de préférence au prix d’exercice de 111,33 $ par action, soit leur valeur avant l’annonce du deal. Une première tranche, représentant environ 2 % du capital, est débloquée avec la signature de l’engagement ferme initial de 11,6 Md$. Trois autres tranches pourront suivre, chacune conditionnée à 3 Md$ de commandes supplémentaires.
Pour Akamai, les revenus liés à ce contrat ne devraient commencer qu’au deuxième semestre 2027. D’ici là, l’entreprise doit financer l’infrastructure nécessaire. Elle anticipe déjà un impact de trésorerie de 1,7 Md$ dès cette année pour « sécuriser des composants critiques, [en particulier] de la mémoire ». Au total, Akamai prévoit 5,5 Md$ de capex, soit davantage qu’une année entière de chiffre d’affaires, qui s’est élevé à 4,2 Md$ en 2025.
Ce contrat s’inscrit dans une stratégie d’approvisionnement très agressive d’Anthropic, qui multiplie les accords de grande taille sans toujours les rendre publics immédiatement. Avec les « néoclouds » nScale et Lambda, plusieurs contrats ont émergé cet été : 45 Md$ sur 6 ans avec nScale pour 460 MW de capacité GPU NVIDIA en Virginie, et un autre au Texas avec Lambda, dans un datacenter Hut 8 disposant de 350 MW. Dans ce dernier cas, NVIDIA est titulaire du bail et sous-loue l’espace à Lambda, qui y déploie ses GPU.
Anthropic communique parfois partiellement sur ses engagements. Le contrat avec SpaceX en est un exemple : annoncé début mai pour le datacenter Colossus 1 dans le Tennessee (300 MW), il a ensuite été élargi par le Chief Compute Officer d’Anthropic à Colossus 2, dans la même zone géographique. SpaceX a finalement révélé, dans un document pré-IPO, un contrat de 45 Md$ sur 3 ans.
En parallèle, Anthropic a aussi annoncé 50 Md$ d’investissement dans ses propres datacenters à New York et au Texas, avec Fluidstack, presque en même temps qu’un engagement d’environ 30 Md$ d’achat de capacité sur Azure.
La relation avec les géants du cloud reste centrale. Amazon est à la fois fournisseur et investisseur d’Anthropic, avec jusqu’à 25 Md$ injectables selon le dernier pointage, tandis qu’Anthropic prévoit de lui acheter, sur 10 ans, plus de 100 Md$ de capacité de calcul. La relation avec Google suit une logique comparable, pour un volume envisagé de l’ordre de 200 Md$. Pour soutenir le déploiement des TPU d’Anthropic, Google aurait mis en place un montage financier mobilisant banques, fonds et industriels, inspiré du financement des avions commerciaux : Google vend les TPU à Broadcom, Broadcom les revend à un véhicule financé par de la dette privée apportée par Apollo et Blackstone, puis Anthropic loue les équipements à ce véhicule.