云和软件:涨价令欧洲经济付出的代价

Cloud et logiciels : ce que les hausses de prix coûtent à l’économie européenne

Silicon.fr by Clément Bohic 2026-06-02 09:19 Original
摘要
欧洲智库Asterès受Cigref委托的研究估算,2026至2030年间,美国云和软件服务商的提价行为,平均每年将给欧洲经济带来1070亿欧元附加值损失,并累计威胁140万个就业岗位。该结论基于54位欧洲大型企业CIO的调研数据,他们报告过去三年相关成本年均上涨8.7%,主要受限于厂商锁定、AI捆绑等滥用性商业行为。为应对涨价,企业普遍被迫削减IT外包、研发及招聘预算,对以本土为主的欧洲数字产业生态造成严重挤出效应。

每年,欧洲经济因向美国供应商购买云服务和软件,约损失2600亿欧元的附加值。这一估算来自Asterès咨询公司2025年4月受Cigref委托发布的研究,虽基于有限样本外推并被指存在数据缺陷,但已被广泛引用。如今,Asterès进一步从价格角度展开分析,评估云软件服务涨价对欧洲经济的后续影响。研究显示,2026至2030年间,这些涨价每年可能平均带来1400亿欧元的额外成本,导致欧洲经济损失1070亿欧元附加值,并威胁到140万个就业岗位。

该研究基于54名欧洲CIO的问卷调查,覆盖法国、比利时、荷兰三国的14个行业,均为Cigref会员或合作伙伴,数据按行业营业额权重修正,但承认存在自选择偏差。此前,Asterès梳理了五份关键文献:来自经济学家Guillaume Moukala和Charles-Antoine Schwerer为谷歌及Concorde基金会所做的两份云市场报告,Frédéric Jenny为CISPE协会撰写的两篇反竞争行为分析,以及Elée咨询公司一份关于软件成本激增的白皮书,这些文献一致指出市场竞争有限,供应商凭借市场力量可强加超常通胀。Asterès在2022年与Vanson Bourne的联合调查曾发现,90%法国企业遭遇面价上涨(年均3%-6%),70%被推送捆绑套餐,成本差异平均达26%。

本次受访CIO证实,过去三年云软件成本年均上涨8.7%,其中面价上调是最常见机制,同时也揭露了供应商锁定(40%受访者受害)、AI内置(34%)、计划报废(30%)、捆绑销售(26%)和缩减计费指标(21%)等疑似滥用行为。样本企业的数字预算占营业额4.1%(公共部门按国民生产总值贡献计),当前28%投向云软件,按照现有通胀轨迹,这一比例2030年可能升至42%。为消化额外成本,47%的企业削减其他数字支出,首当其冲的是ESN外部服务(57%)、硬件采购(27%)和IT人力(13%);33%的企业被迫提高整体数字预算,牺牲了研发(32%)、现金流与利润(26%)、招聘(21%)和薪资提升(12%)。

Asterès以欧洲每年4000亿欧元云软件总支出为基数,参考CIO报告的8.7%涨幅,但为预测仍保守采用12%的年均通胀率,这既考虑了2018年以来从5.8%爬升的加速趋势,也纳入了AI作为新涨价动因(如GitHub和Anthropic转向按用量计费)。据此测算,2026-2030年间企业和公共部门年均多付1400亿欧元,经再投资效应修正后,欧洲经济净损失达930亿欧元。在融资这1400亿成本的过程中,1080亿需通过削减其他支出实现,形成挤出效应:未实现的ESN服务支出370亿、人力支出260亿、研发支出240亿、硬件采购180亿、培训支出30亿。Asterès判断,这些未支出项的60%原本会流向欧洲供应商或内部消化,因此每年约650亿欧元被直接从欧洲经济中抽出,具体包括ESN服务230亿、人力资源170亿、研发160亿、硬件70亿、培训20亿。

通过Eurostat国民账户和OECD投入产出表,Asterès从三个层次量化损失:直接影响上,每年损失营业额440亿、附加值220亿、就业31.1万;间接影响营损480亿、附加值损270亿、就业损

Summary
A study by Asterès for Cigref, based on a survey of 54 European CIOs, warns that annual cloud and software price hikes (averaging 8.7% over three years, projected at 12%) could cost European businesses and public bodies an extra €140 billion per year from 2026–2030, erasing €107 billion in value added and 1.4 million jobs by 2030 as companies slash R&D and IT spending to compensate for vendor lock-in and AI-driven inflation.

European businesses and public administrations face an average annual surcharge of €140 billion on cloud and software services between 2026 and 2030, leading to a net loss of €107 billion in value added each year and the potential elimination of 1.4 million jobs, according to a new Asterès study for Cigref. The research builds on last year’s finding that €260 billion in value added already escapes the European economy annually due to reliance on US providers.

The study surveyed 54 European CIOs from 14 sectors across France, Belgium, and the Netherlands, weighting responses by sectoral revenue share. Respondents reported an average 8.7% annual increase in cloud and software costs over the past three years. The most common price-hike mechanism was straightforward facial increases, but many also cited potentially abusive practices: 40% experienced vendor lock-in, 34% AI-by-design bundling, 30% planned obsolescence, 26% bundling, and 21% metric reductions.

Digital budgets currently account for 4.1% of revenue (or GNP contribution for public bodies), with 28% allocated to cloud and software. At the current inflation trajectory, that share could rise to 42% by 2030. To absorb the extra costs, 47% of respondents cut other digital spending—primarily external IT services (57%), hardware (27%), and IT staff (13%)—while 33% increase overall digital budgets, at the expense of R&D (32%), cash and margins (26%), recruitment (21%), and salary rises (12%).

For its projections, Asterès assumed a steeper 12% annual inflation rate, extrapolating from a 5.8% rate in a 2022 survey and factoring in AI-driven pricing shifts such as GitHub’s and Anthropic’s usage-based models. Applying this to an estimated €400 billion annual European cloud and software spend, the firm calculated the €140 billion yearly surcharge. Adjusting for reinvestment (34% of supplier revenue hikes are reinvested in Europe, based on previous findings that €0.17 of every euro spent goes to European providers and another €0.17 is reinvested by non-European suppliers), the net annual loss to the European economy is €93 billion.

The crowding-out effect is significant: of the €140 billion surcharge, €108 billion is financed by cutting other expenditures. Some €65 billion of those forgone outlays would have gone to European suppliers or been kept in-house, depriving the local economy of €23 billion in external IT services, €17 billion in human resources, €16 billion in R&D, €7 billion in hardware, and €2 billion in training. The impact ripples through the economy, resulting in total annual losses of €107 billion in value added (0.6% of EU GDP) and 1.4 million jobs by 2030—split roughly into one-fifth direct effects, one-fifth indirect, and three-fifths induced.

The study outlines three alternative scenarios. One assumes AI-driven productivity gains of 0.8% per year offset the price hikes. Another posits deflationary pressure from a disruptive price-cutter or generative AI creative destruction that slashes software costs but shrinks the sector. A third envisages ambitious EU industrial policy: a 15-point increase in European suppliers’ market share could save 120,000 jobs and €9 billion in annual value added.

Résumé
Une étude du cabinet Asterès pour le Cigref, basée sur 54 DSI européens, estime que les hausses de prix des services cloud et logiciels, dominés par des fournisseurs américains, pourraient entraîner une perte de valeur ajoutée de 107 Md€ par an et 1,4 million d'emplois en Europe d'ici 2030. L'inflation annuelle moyenne des tarifs, actuellement de 8,7 %, pourrait atteindre 12 % sur 2026-2030, augmentant les surcoûts à 140 Md€ par an et réduisant les investissements en R&D, recrutement et achats IT. Ces dépendances technologiques, aggravées par des pratiques de vendor lock-in et l'intégration de l'IA, freinent l'économie européenne, bien que des scénarios de gains de productivité ou de politique industrielle volontariste puissent limiter les dégâts.

Chaque année, environ 260 Md€ de valeur ajoutée échappent à l’économie européenne du fait des achats de services cloud et logiciels à des fournisseurs américains.

Le cabinet Asterès avait communiqué cette estimation en avril 2025, dans le cadre d’une étude commandée par le Cigref. Quoique fondé sur l’extrapolation d’un échantillon restreint à défaut de données macroéconomiques exhaustives, le chiffre a été largement repris depuis.

Asterès y a donné suite en abordant les conséquences des dépendances technologiques sous l’angle des hausses tarifaires des services de cloud-logiciel. Il estime notamment que sur la période 2026-2030, ces hausses pourraient, chaque année, représenter un surcoût moyen de 140 Md€ et priver l’économie européenne de 107 Md€ de valeur ajoutée.

Des inputs d’une cinquantaine de DSI

L’étude s’est appuyée sur un questionnaire auquel ont répondu 54 DSI européens membres ou partenaires du Cigref, dans 14 secteurs d’activité et 3 pays (France, Belgique, Pays-Bas). Asterès a corrigé les résultats en fonction du poids de chaque secteur dans l’économie européenne en termes de chiffre d’affaires. Il admet l’existence d’un biais d’autosélection, les entreprises les plus concernées étant « vraisemblablement les plus enclines à répondre ».

Avant l’enquête, il y eut un état des lieux de la littérature sur le sujet. Asterès mentionne principalement 5 sources :

Deux rapports de ses économistes Guillaume Moukala et Charles-Antoine Schwerer

D’un côté, Cloud computing : préserver la concurrence pour supporter l’économie de la concurrence (2023, pour Google).

De l’autre, Le cloud computing : entre contribution à la croissance et pratiques anti-concurrentielles (2022, pour la Fondation Concorde).

Deux analyses de l’économiste Frédéric Jenny pour l’association CISPE

D’un côté, Cloud Infrastructure Services: An analysis of potentially anti-competitive practices (2021).

De l’autre, Potential Market Distorsions in the Cloud Infrastructure Services Market (2023).

Un livre blanc de la société de conseil Elée : Explosion des coûts logiciels : comment reprendre la main sur vos budgets ? (2026)

Cette littérature, explique Asterès, illustre une concurrence limitée sur ce marché, maintenant les utilisateurs dans une situation de dépendances vis-à-vis de leurs fournisseurs. Lesquels, de par leur pouvoir de marché, peuvent imposer une inflation supérieure à la moyenne.

Asterès mentionne une enquête qu’il avait menée en 2022 avec Vanson Bourne. Il en était ressorti que 90 % des entreprises françaises étaient touchées par des hausses de prix facial, de l’ordre de 3 à 6 % par an. Et que 70 % s’étaient déjà vu proposer une offre groupée avec un différentiel de coût de 26 % en moyenne.

Une inflation annuelle moyenne de 8,7 %

Sur la foi des témoignages des 54 répondants, les hausses de prix facial sont le mécanisme d’inflation le plus courant. D’autres effets sont constatés (volume, structure de coûts, périmètre…), fondés sur des pratiques commerciales potentiellement abusives :

Vendor lock-in (40 % des répondants disent en avoir été victimes au cours des 3 dernières années)

IA by design (34 %)

Obsolescence programmée (30 %)

Bundlisation (26 %)

Réduction de métriques (21 %)

Les répondants déclarent une hausse moyenne de 8,7 % du coût des services cloud-logiciel sur les 3 dernières années.

Sur l’ensemble de l’échantillon, le budget numérique représente 4,1 % du CA (ou, pour les administrations publiques, de la contribution au PNB). Il est fléché à 28 % vers les services cloud-logiciel. Selon la trajectoire inflationniste actuelle, cette proportion pourrait atteindre 42 % en 2030.

Pour absorber les surcroûts, 47 % des répondants réduisent leurs autres dépenses numériques. En priorité les prestations externes auprès d’ESN (57 %), les achats de matériel (27 %) et les ressources humaines IT (13 %).

Ils sont 33 % à augmenter leur budget numérique global. Au déttriment de la R&D (32 %), de la trésorerie et des marges (26 %), du recrutement (21 %) et des augmentations de salaires (12 %).

140 Md€ de surcoût annuel sur 2026-2030

Dans son étude de l’an dernier, Asterès avait estimé à 400 Md€ le montant annuel des dépenses européennes en services cloud-logiciel. À partir de ce chiffre, il a projeté le surcoût net d’inflation moyen sur 5 ans. Ce à deux échelles : celle des acheteurs et celle de l’économie européenne. Concernant cette dernière, il a estimé qu’elle bénéficiait du réinvestissement de 34 % des hausses de revenu. Une hypothèse là aussi tirée de l’étude de l’an dernier. Laquelle avait montré que sur 1 € de dépenses cloud-logiciel, 17 centimes revenaient directement à des fournisseurs européennes et 17 centimes supplémentaires étaient réinvestis en Europe par les fournisseurs extra-européens.

Malgré les 8,7 % constatés par les DSI, Asterès a retenu, pour ses projections, une inflation moyenne de 12 %. Cela résulte principalement d’un prolongement mécanique de dynamique : l’enquête de 2022 avec Vanson Bourne n’avait révelé qu’un taux de 5,8 %. Un autre élément a pesé : l’IA comme relais de hausse des prix. Les annonces récentes de GitHub et d’Anthropic, passés sur un modèle de facturation à l’usage, en témoignent.

Avec ces paramètres, le cabinet juge que les hausses de prix coûteraient aux entreprises et administrations publiques européennes 140 Md€ par an en moyenne sur 2026-2030, dont 93 Md€ de pertes nettes à l’échelle de l’économie européenne.

65 Md€ par an non injectés dans l’économie européenne

En répartissant les hausses de coûts par mode de financement et en y intégrant la part des importations, Asterès a évalué l’effet d’éviction. C’est-à-dire l’ensemble des dépenses et investissements auxquels les entreprises renoncent pour financer les hausses tarifaires. On parle donc là, comme sus-évoqué, de la réduction d’autres postes de dépenses numériques. Ou bien de la réduction d’autres dépenses pour permettre la hausse du budget numérique.

Sur les 140 Md€ de coûts, 108 Md€ seraient financés par ces leviers. Détail des dépenses non réalisées :

37 Md€ pour les prestations d’ESN

26 Md€ pour les ressources humaines

24 Md€ pour la R&D

18 Md€ pour l’achat de matériel

3 Md€ pour la formation

Asterès juge que 60 % des dépenses non réalisées auraient été effectuées auprès de fournisseurs européens ou en interne. Cela donne 65 Md€ d’effet d’éviction en Europe (60 % de 108 Md€). Dont 23 Md€ pour les prestas ESN, 17 Md€ pour les RH, 16 Md€ pour la R&D, 7 Md€ pour le matériel et 2 Md€ pour la formation.

1,4 million d’emplois à l’horizon 2030

Asterès a mesuré les conséquences de l’effet d’éviction en termes de perte d’activité sur trois plans :

Entreprises et les administrations publiques (effet direct)

Fournisseurs de rang 1 (effet indirect)

Reste de l’économie européenne (effet d’entraînement)

Il a traduit chacun en chiffre d’affaires, en valeur ajoutée et en emplois.

Concernant l’effet direct, les comptes nationaux d’Eurostat ont été traduits en dépenses de recrutement non réalisées à partir du salaire moyen dans l’économie européenne, puis en VA via la productivité du travail et en CA via le taux de valeur ajoutée.

Sur l’effet indirect, les dépenses non réalisées par les utilisateurs correspondent à une perte de CA pour leurs fournisseurs. Perte ensuite traduite en VA et en emplois via les ratios sectoriels issus des comptes nationaux.

Sur l’effet d’entraînement, Asterès a utilisé un modèle d’impact basé sur les tableaux entrée-sortie de l’OCDE.

Bilan : les hausses pourraient coûter à l’économie européenne 107 Md€ de valeur ajoutée par an (soit 0,6 point de PIB). Et 1,4 million d’emplois à l’horizon 2030. Plus précisément :

Chiffre d’affaires : 44 Md€ de pertes directes, 48 Md€ indirectes, 113 Md€ en chaîne

Valeur ajoutée : 22 Md€ en direct, 27 Md€ en indirect, 58 Md€ en chaîne

Emplois : 311k en direct, 318k en indirect, 737k en chaîne

Trois scénarios alternatifs

L’étude n’approfondit que la trajectoire tendancielle dans laquelle l’inflation continue d’accélérer au rythme observé sur les 6 dernières années, en étant faiblement compensée par des gains de productivité. Asterès distingue néanmoins au moins 3 autres scénarios plausibles.

Dans un de ces scénarios, un gain de productivité de 0,8 % par an (soit 2 jours de travail) lié à l’IA compenserait les hausses tarifaires. Ce taux correspond à la borne haute des estimations académiques, qui varient de moins de 0,1 % à 1,3 %.

Autre éventualité : une pression déflationniste. Elle pourrait résulter de l’arrivée d’un acteur résolu à casser les prix, comme Free l’a fait sur le mobile (les prix avaient baissé de 45 % en 5 ans). Ou de la diffusion de la GenAI, dans un « scénario de destruction créatrice classique », pour rendre les termes d’Asterès. Les utilisateurs bénéficieraient des baisses de coûts et pourraient réinvestir les gains, mais le secteur des logiciels se contracterait fortement.

Troisième scénario, déjà évoqué dans l’étude de 2025 : une politique européenne volontariste de soutien à l’industrie numérique. Elle limiterait les effets d’éviction sur l’économie européenne. Par exemple, une hausse de 15 points de la part de marché des fournisseurs européens permettrait de préserver 120 000 emplois et 9 Md€ de valeur ajoutée par an.

Illustration principale © Molodec – Shutterstock.com

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AI Insight
核心要点

欧洲经济因依赖美国云与软件服务,每年流失约2600亿欧元附加值;2026-2030年间涨价更可能年均造成1070亿欧元附加值损失及140万岗位消失,凸显数字主权危机。

关键参与者
  • Asterès — 法国经济研究机构,完成本次影响测算。
  • Cigref — 法国大型企业数字主管协会,委托并参与调查。
行业影响
  • ICT:高 — 云/软件年均涨价8.7%,供应商锁定等行为加剧成本,直接打压IT预算再分配。
  • 计算/AI:高 — AI推动按量计费新模式,既是涨价推手,也可能引发通缩式颠覆,放大不确定性。
追踪建议

重点追踪 — 该研究量化了非欧供应商定价权对欧洲实质经济与就业的挤出效应,可能催化欧盟数字产业扶持政策加速出台。

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