C’est un signal fort pour la filière française de l’intelligence artificielle. En marge du sommet Choose France, Mistral AI, Bpifrance et le fonds d’investissement émirati MGX ont annoncé l’expansion de leur co-entreprise Campus AI.
Montant de l’opération : 7,5 milliards € supplémentaires, pour porter la capacité totale de l’infrastructure à 3 gigawatts (GW). Soit l’équivalent de la puissance de trois réacteurs nucléaires.
La répartition précise des 7,5 milliards entre les différentes parties prenantes n’a pas été précisée. Il est par ailleurs entendu que Mistral AI, actionnaire et premier bénéficiaire de la plateforme, n’utilisera pas nécessairement l’intégralité des capacités disponibles. Une partie de la puissance de calcul pourrait être allouée à d’autres acteurs du numérique.
Le premier volet du projet, le campus de Fouju en Seine-et-Marne, prévoyait déjà 1,4 GW de capacité sur une emprise d’environ 70 hectares pour un investissement global de 35 milliards €. Le second site, dont la localisation n’est pas fixée, viendra compléter ce dispositif, faisant de la France la première destination européenne revendiquée pour les « usines d’IA décarbonées à grande échelle », selon les termes des partenaires.
Un campus qui double la mise
Derrière l’effet d’annonce se cache une réalité plus tendue. Il y a quelques jours à peine, Arthur Mensch, cofondateur de Mistral, alertait une commission de l’Assemblée nationale sur les risques d’un accaparement des ressources énergétiques françaises par les géants américains.
« Le surplus énergétique en France est capté par les acteurs les plus puissants, notamment étrangers. Une fois que l’offre est monopolisée par les acteurs américains, on n’a plus d’offres », martelait-il, appelant à faciliter l’installation de capacités de calcul pour les entreprises européennes.
Mistral AI, valorisée 12 milliards €, s’est fixé l’objectif de sécuriser 1 GW de capacité propre d’ici à 2029. La scale-up, qui fête ses trois ans, avance sur plusieurs fronts simultanément : 200 mégawatts sécurisés sur le premier site de Fouju, un data center en construction en Suède pour 1,2 milliard $ et un site en Essonne, développé avec le spécialiste français des infrastructures modulaires Eclairion, financé par 725 millions € de dette levés fin mars auprès d’un consortium de sept banques.
« La question, désormais, est de savoir ce que la France fait de chaque gigawatt qu’elle construit », résume Thibaud Desfossés, président de Campus AI. « Chaque gigawatt doit faire fructifier la valeur en France, et non simplement la traverser. »
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