欧盟如何看待法国的开源

Comment l’UE se représente l’open source en France

Silicon.fr by Clément Bohic 2026-06-29 15:24 Original
摘要
法国里昂市宣布不再使用微软软件,转而部署开源办公套件OnlyOffice并构建跨市协作平台,此举被欧盟开源报告收录。法国国家信息安全局(ANSSI)重塑开源战略,并与德国、荷兰等国共建数字公共基础设施联盟(DC-EDIC),推动本土技术主权。DINUM等机构通过补贴、人才赞助及发布La Suite Numérique等举措,加速公共部门开源生态建设。

欧盟委员会信息总司(DIGIT)最新版法国开源生态报告(2026年5月更新)用里昂市弃用微软的案例开场:一年前,里昂市高调宣布不再依赖美国软件,其核心举措是在全市行政部门部署基于OnlyOffice的自由办公套件,并构建一个跨市镇协作平台,项目由公共运营商SITIV负责,计划至2028年完成。这一事例被写入报告,折射出法国公共部门加速向开源迁移的整体图景。

报告首版发布于2020年,由Wavestone在ISA计划下编制;2023年首次更新时,已转由OpenForum Europe主导,Wavestone仍参与。Deloitte加入后完成的第二次更新汇集了法国长期活跃的开源推动者,包括DINUM专家Jaime Arredondo、Blue Mind创始人兼CNLL联合主席Pierre Baudracco、Adullact主任Matthieu Faure、Abilian创始人兼CNLL联合主席Stéfane Fermigier、OW2总干事Pierre-Yves Gibello,以及Software Heritage合作负责人、前DINUM自由软件事务官Bastien Guerry。

报告记录了2026年的两大新动向。一是法国国家信息系统安全局(ANSSI)于2026年2月全面重塑其开源立场,明确将开源作为产业政策杠杆,强化对许可证、项目迁移以及自身采用开源解决方案的重视。二是DINUM在“开源与数字公共资源”板块下增设“开放数字论坛”(forum du numérique ouvert),仅面向政府工作人员,旨在将此前分散在Tchap等渠道的互助交流体系化,与其“开放数字门户”和配套文档共同构成服务闭环。

国际层面,2025年10月,法德与荷兰、意大利共同发起欧洲数字公共资源联盟DC-EDIC,总部设在巴黎。联盟已启动两项行动:一是围绕La Suite Numérique及其德国(openDesk)、荷兰(MijnBureau)版本,开展为期100天的“冲刺”,以提升开源组件的互操作性;二是借鉴德国Sovereign Tech Agency模式,试点欧洲主权科技基金,该机构此前曾投资cURL、FreeBSD、GNOME、Python、PHP、OpenSSH等关键基础设施。同月,法国成为首个批准联合国开源八项原则(默认开放、安全设计、可复用等)的国家,随后南非、德国石勒苏益格-荷尔斯泰因州、日内瓦州和土耳其司法部也相继跟进。2025年4月,由地方IT负责人发起成立“France Numérique Libre”社群,专门交流自由软件落地的实践经验,核心推动者包括埃希罗勒市数字战略主任Nicolas Vivant。

项目与资助方面,La Suite Numérique于2023-2024年启动,脱胎于SNAP(公务员数字背包),整合了Tchap、France transfert、Audioconf、Webconf等组件,并强调互联互通与功能延伸,其面向地方政府的版本La Suite Territoriale由法国国家城乡规划署(ANCT)负责。2023年底,DINUM与协会DesCodeuses签署为期12个月的公益捐赠协议,支持其为贫困街区女性提供数字培训;2022年底,DINUM向NLnet基金会提供资助,专门用于颁发FLOSS奖,以表彰为法国行政系统使用的自由软件作出贡献的欧盟公民与组织,首奖于2024年授予dnsmasq作者Simon Kelley。

报告整体显示,法国正通过制度重塑、跨国协作、项目投资和社区孵化,系统性地将开源纳入数字主权战略,也为欧盟层面的开源治理提供了重要参照。

Summary
An EU report details France’s accelerating open source shift, citing Lyon’s decision to drop Microsoft software for OnlyOffice and the creation of the DC-EDIC sovereign tech consortium with Germany, the Netherlands, and Italy. The document highlights key roles of DINUM’s Jaime Arredondo, the France Numérique Libre collective of local government IT leaders, and initiatives like La Suite Numérique, reflecting a strategic push to reduce reliance on U.S. software and strengthen European digital sovereignty.

A year ago, the City of Lyon made a splash by declaring its firm intention to break free from US software, rolling out OnlyOffice and planning an inter-municipal collaborative suite through public operator SITIV, with deployment stretching to 2028. That decision now features in a European Commission report—specifically from its IT directorate DIGIT—on the state of open source in France.

Originally published in 2020 by Wavestone under the ISA programme, the report was first updated in February 2023 under the “Interoperable Europe” banner, led by OpenForum Europe with Wavestone still involved. Deloitte contributed to the latest edition, current to May 2026. Although the content does not necessarily reflect the Commission’s official view, it draws directly on French inputs from experts including Dinum’s open source lead Jaime Arredondo, Blue Mind founder and CNLL co-president Pierre Baudracco, Adullact director Matthieu Faure, Abilian founder and CNLL co-president Stéfane Fermigier, OW2 director general Pierre-Yves Gibello, and Bastien Guerry, partnerships lead at Software Heritage and former free software referent at Dinum.

Several new developments shape the 2026 picture. In February, France’s cybersecurity agency ANSSI recast its stance, framing open source as a tool of industrial policy with greater emphasis on licences, project handovers, and internal use. Dinum, the state digital agency, launched a “forum du numérique ouvert” within its open source and digital commons hub, offering civil servants a dedicated space to complement existing resources and Tchap-based mutual aid.

The year 2025 saw major structural moves. DC-EDIC, a European digital commons consortium founded by Germany, France, the Netherlands and Italy, set up its legal seat in Paris in October. It runs two projects: 100-day sprints to boost interoperability between open source suites—La Suite Numérique, Germany’s openDesk, and the Netherlands’ MijnBureau—and a pilot sovereign tech fund modelled on Germany’s Sovereign Tech Agency (which has backed critical pieces like cURL, FreeBSD, GNOME, Python, PHP and OpenSSH). In May, France became the first country to endorse the UN’s eight Principles for Open Source (open by default, secure by design, built for reuse, etc.), later joined by South Africa, the German state of Schleswig-Holstein, the Canton of Geneva, and Turkey’s Ministry of Justice. A grassroots collective, France Numérique Libre, was formed in April by local authority IT chiefs—notably Nicolas Vivant of Échirolles—to share experience on deploying free software.

Earlier building blocks came in 2023–2024. Dinum activated sponsorship and subsidy levers: at the close of 2022 it had signed a convention with NLnet Foundation (which has supported Collabora, DNSSEC, OpenPGP, Rust, and more) to award EU FLOSS prizes for work benefitting French government software; the first went to dnsmasq creator Simon Kelley in 2024. In late 2023, a 12-month sponsorship deal with DesCodeuses made Dinum staff available to train women from disadvantaged neighbourhoods in digital skills. On the tooling side, La Suite Numérique emerged from the SNAP digital backpack, interconnecting and extending components like Tchap, France transfert, Audioconf and Webconf, with a territorial version developed by ANCT for local governments.

The overall picture the EU report paints is one of accelerating institutional and practical commitment across the French public sector, from local-scale emancipation to trans-European infrastructure projects.

Résumé
Le rapport de la Commission européenne sur l’open source en France met en avant la décision de la Ville de Lyon d’abandonner les logiciels Microsoft au profit d’OnlyOffice et la création du consortium DC-EDIC par la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie pour piloter des projets de communs numériques. Parallèlement, la DINUM instaure un forum réservé aux agents publics et l’ANSSI revoit sa doctrine pour faire de l’open source un levier de sa politique industrielle, tandis que les lancements de France Numérique Libre et de La Suite Numérique accentuent la dynamique d’émancipation technologique dans l’administration.

Office, Windows, SQL Server… La Ville de Lyon ne veut plus des logiciels Microsoft.

Il y a tout juste un an, cette décision avait eu un certain écho. Elle n’avait, en soi, rien de nouveau : les démarches étaient déjà engagées. La municipalité leur avait cependant donné du relief par voie de communiqué.  Elle déclarait son intention ferme « ne plus être dépendante des solutions logicielles états-uniennes ». Et exposait deux initiatives structurant cette « volonté d’émancipation ». D’une part, le déploiement d’une bureautique libre au sein de ses services, autour d’OnlyOffice. De l’autre, la création d’une suite collaborative intercommunale. Ce projet devait alors s’échelonner jusqu’à 2028. Aux manettes, un opérateur public de la région : le SITIV (Syndicat intercommunal des technologies de l’information pour les villes).

Un rapport sur la France… alimenté par la France

Cet épisode est repris dans un rapport de la Commission européenne. Plus précisément de sa direction générale de l’informatique (DIGIT). Sujet : l’état de l’open source en France.

La première version de ce rapport remonte à 2020. Elle résultait de travaux menés par Wavestone dans le cadre du programme ISA (Solutions d’interopérabilité pour les administrations publiques européennes).

Une première mise à jour était intervenue en 2023, reflétant la situation à février. En toile de fond, il n’y avait plus l’ISA, mais l’« Europe interopérable », concept qui deviendrait un programme l’année suivante. Dans ce contexte, le think tank OpenForum Europe avait officiellement pris la main sur le rapport, Wavestone restant néanmoins impliqué.

Deloitte a rejoint la boucle pour une deuxième mise à jour, arrêtée à mai 2026. Comme de coutume, on nous précise que le contenu « ne reflète pas nécessairement l’opinion officielle de la Commission européenne ». Il faut dire qu’à nouveau, la France a apporté sa contribution. Notamment par la voie de :

Jaime Arredondo, expert open source à la DINUM

Pierre Baudracco, fondateur de Blue Mind et coprésident du CNLL

Matthieu Faure, directeur de l’Adullact

Stéfane Fermigier, fondateur d’Abilian et coprésident du CNLL

Pierre-Yves Gibello, directeur général d’OW2

Bastien Guerry, responsable des partenariats de Software Heritage et ancien référent logiciel libres de la DINUM

2026 : l’ANSSI remodèle sa posture sur l’open source…

De la loi Lemaire à l’équipe InriaSoft en passant par le basculement de la gendarmerie nationale vers Linux, l’essentiel des éléments qui figuraient dans la version 2023 ont été conservés.

Au rayon des nouveautés, il y a le remodelage de la posture générale de l’ANSSI sur l’open source. C’était en février 2026. L’agence l’affirme désormais comme levier de sa politique industrielle. Elle met davantage d’accent sur les licences, les transferts de projets et sur sa propre utilisation de solutions open source.

… et la DINUM crée un « forum du numérique ouvert »

Autre nouveauté 2026 : le « forum du numérique ouvert ». Il s’inscrit dans l’offre du pôle « open source et communs numériques » de la DINUM. Il y complète le « portail du numérique ouvert » (ressources, produits, événéments et communautés soutenus par la DINUM et ses partenaires autour du numérique ouvert dans l’administration) et la documentation associée. L’accès est réservé aux agents. Promesse : compléter « une dynamique d’entraide […] jusqu’ici diffuse sur des canaux Tchap ».

2025 : DC-EDIC voit le jour…

Pour 2025, le rapport mentionne la création de DC-EDIC. C’était au mois d’octobre. L’Allemagne et la France sont fondatrices de ce consortium européen pour les communs numériques, aux côtés des Pays-Bas et de l’Italie. Le siège statutaire se trouve à Paris. Deux projets sont en cours. D’une part, des « sprints » de 100 jours pour améliorer l’interopérabilité de composants open source – le focus initial est sur La Suite Numérique et ses homologues allemande (openDesk) et néerlandaise (MijnBureau). D’autre part, un pilote de fonds européen pour la tech souveraine. Il s’inspire de la Sovereign Tech Agency allemande, qui a investi dans des briques critiques comme cURL, FreeBSD, GNOME, Python, PHP et OpenSSH.

… comme France Numérique Libre

En mai 2025, la France fut le premier pays à approuver les Principes des Nations unies pour l’open source. Ils s’articulent en 8 lignes directrices : ouvert par défaut, sûr dès la conception, conçu pour être réutilisé, etc. Depuis, l’Afrique du Sud a fait de même. Comme, dans la sphère publique, le land allemand du Schleswig-Holstein, le canton de Genève et le ministère de la Justice turc.

En avril 2025 naquit France Numérique Libre. Des responsables informatiques de collectivités territoriales* sont à l’origine de ce collectif destiné à échanger sur la mise en place de logiciels libres.

2023-2024 : la DINUM active subventions, mécénat… et La Suite Numérique

Sur la période 2023-2024, il y a le démarrage de La Suite Numérique. Le projet a émergé dans la continuité du SNAP (sac à dos numérique de l’agent public). Il en a repris les principales briques (Tchap, France transfert, Audioconf, Webconf…) avec un double objectif d’interconnexion et d’extension. L’ANCT a la charge de la conception et du déploiement d’une déclinaison ciblant les collectivités (La Suite Territoriale).

Fin 2023, la DINUM signait une convention de mécénat pour 12 mois avec DesCodeuses. Elle s’engageait à mettre une partie de ses salariés à disposition de cette association qui forme au numérique les femmes des quartiers populaires.

Fin 2022, elle avait signé une convention de subvention pour la Fondation NLnet. Cette dernière, née en 1997 après la vente des activités commerciales du FAI du même nom, a depuis lors soutenu des projets autour de Collabora, DNSSEC, OpenPGP, Rust, etc. Le soutien de la DINUM était dans la perspective de remettre des prix FLOSS (Free Libre Open Source Software) à des citoyens et des organisations de l’UE, pour leur travail sur les logiciels libres utilisés dans les administrations françaises. Le premier fut attribué en 2024 à Simon Kelley, créateur de dnsmasq (serveur DNS et DHCP).

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* En tête de liste, Nicolas Vivant, directeur de la stratégie et de la culture numériques à la mairie d’Échirolles (région de Grenoble).

Photo d’illustration © LAYHONG – Adobe Stock

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AI Insight
Core Point

The European Commission’s updated report chronicles France’s deepening public-sector shift toward open source, driven by new sovereign tech consortia, cybersecurity policy changes, and local government emancipation from U.S. software.

Key Players
  • Lyon (Ville de Lyon) — French city replacing Microsoft with open source (OnlyOffice), advocating public-sector autonomy.
  • European Commission DIGIT — the EU’s internal IT department that published the open source report.
  • ANSSI — French national cybersecurity agency; reshaped open source policy as an industrial lever in 2026.
  • DINUM — French interministerial digital directorate; launched open source portal, forum, and La Suite Numérique.
  • DC-EDIC — European Digital Commons consortium (France, Germany, Netherlands, Italy); based in Paris, piloting sovereign tech funding.
  • NLnet Foundation — Netherlands-based nonprofit funding critical open source projects; received DINUM support for FLOSS prizes.
Industry Impact
  • ICT: High — public procurement mandates and European consortia directly boost open source ecosystem and shift software market dynamics.
  • Computing/AI: Medium — emphasis on sovereign digital infrastructure reinforces open source as a strategic layer for AI and cloud components.
Tracking

Monitor — the report compiles ongoing trends, but the convergence of national policies, EU consortia, and cybersecurity reframing signals sustained market opening for open source vendors and integrators.

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