量子:法国审计法院对本国新秀企业发出警示

Quantique : la Cour des comptes alerte sur les pépites françaises

Silicon.fr by Philippe Leroy 2026-07-20 13:22 Original
摘要
法国审计法院报告肯定国家量子战略(SNQ)公共资金使用良好,但警告Pasqal、Alice & Bob等五家法国量子计算初创企业因融资不足面临被外国投资者收购的风险,并建议加大私人资本动员、强化欧洲合作以应对美中竞争。

法国审计法院在最新报告中肯定了过去五年国家对量子计算的支持“钱花得值”,但同时发出严厉警告:面对美中两国碾压式的资金规模,法国的量子计算机明星企业正面临被外国投资者吞并的危险,亟须资金和市场机制的强力扭转。

这份报告梳理了2021年启动的“国家量子战略”执行情况。该战略计划四年投入18亿欧元,其中15亿来自公共资金,主要出自“法国2030”投资计划。到2025年底,量子计算(即量子计算机本身,区别于传感器和量子通信)吸纳了绝大部分资源,占据总额86%,已实际投入5.97亿欧元。审计法院称赞战略建立了集中的治理体系和均衡的布局,把原先分散的资助整合起来,覆盖了从大学教育到产业化的整条价值链。高等教育方面,QuanTEdu-France项目已设立37个硕士专业(其中13个专攻量子),培养学生近1100名;在科研端,优先研究计划(PEPR)组织起国家科研中心(CNRS)、原子能委员会(CEA)、法国国家信息与自动化研究所(Inria)及企业与实验室的协同,并催生出一批活跃的初创公司。

报告点名五家真正在制造量子计算机并参与军方PROQCIMA项目的法国新锐:Pasqal、Alice & Bob、Quobly、Quandela和C12。审计法院认为,这五家企业处境尤其脆弱。全球量子计算已进入“行业集中期”,资本雄厚的玩家正加速并购。由于欧洲资本市场薄弱,全球目前上市的11家量子计算公司中没有一家欧洲企业,法国初创公司因无法获得充足融资而成为天然猎物。英国的牛津离子(Oxford Ionics)2025年被美国IonQ以10.75亿美元(主要为股权)收购便是前车之鉴,英国虽设定了保持境内战略活动的条件,但法国一旦重蹈覆辙可能再无安全护栏。

全球量子计算市场规模2025年初约为11亿欧元,审计法院预计到2035年将暴涨至87亿至130亿欧元,十年年均增速超过25%。应用涵盖新药材料设计、交通工业优化和密码学等。量子计算机超越经典算力的门槛约在100量子比特,而产业目标指向2000量子比特,成熟期落在2030-2035年间——这意味着比拼当下正在决定未来。然而,法国量子计算机制造商仍严重依赖公共资金,私人市场远未发育。软件层面法国略显滞后,但“赋能技术”(核心部件、跨领域技术)本身已是获利市场,更是主权要害。

资金性质也存隐忧。当前主要公共资金来自“法国2030”信贷,本质上并非常规预算。2026年5月底政府虽宣布为量子技术追加10亿欧元援助至2030年,但量子计算能分得多少仍不明朗。此外,大学专业经费从2028学年起就存在不确定性,动摇长期人才培养能力。

为此,审计法院开出一系列药方:将国家支持确立为可持续轨道并定期调整;壮大欧洲私人资本以接替公共资金;提高融资中可偿还预付款的比例,降低直接补贴依赖;通过PROQCIMA等计划强化公共采购;将分散在国家、地方、税收及欧盟基金之间的所有公共支出统一监控;从2027学年起抓紧补强关键软件模块(架构、纠错、软件栈)的培训;到2028年构建有针对性的欧洲伙伴关系,以互补技术专长和公平价值分享为基础展开合作。

报告的核心理念一以贯之:法国单独面对美中并不具备关键体量,但凭借科学和产业底蕴足以成为欧洲量子计算的支柱。前提是选准着力点,并说服邻国把精力汇聚到一起,而非四处撒网。

Summary
France’s Court of Auditors warns that the country’s five leading quantum computing startups—Pasqal, Alice & Bob, Quobly, Quandela, and C12—risk being acquired by foreign investors due to insufficient private capital, despite the effective €1.8 billion national quantum strategy. The report urges marshalling more French and European private funding, expanding public procurement, and building complementary European partnerships to match U.S. and Chinese investment and secure France’s position as a quantum pillar.

France’s national quantum strategy (SNQ), launched in 2021 with €1.8 billion (€1.5 billion in public funds from the France 2030 plan), has been judged “well spent” by the Cour des comptes in a report released Monday. But the audit body warns that without urgent action, the country’s quantum computing champions risk being snapped up by foreign investors as the sector enters a global consolidation phase dominated by US and Chinese capital.

Quantum computing hardware absorbed 86% of the €597 million committed by end-2025. The strategy has been praised for its centralized governance and coverage of the entire value chain: from higher education (37 new masters, 13 specifically in quantum, for nearly 1,100 students via QuanTEdu-France) to coordinated research (PEPR linking CNRS, CEA, Inria, labs and industry) and the emergence of a dynamic startup ecosystem.

Five French startups—Pasqal, Alice & Bob, Quobly, Quandela, and C12—are actually building quantum computers and are part of the military PROQCIMA programme. The Court identifies them as acutely vulnerable. With the market shifting toward a “concentration phase,” better-capitalized players are acquiring smaller firms. French companies, lacking access to large private funding rounds, are natural targets. The report cites the 2025 acquisition of Oxford Ionics by US-based IonQ for $1.075 billion (mostly in stock) as a cautionary tale; the UK allowed it only with conditions to preserve strategic activities. France currently has no such safeguards.

Europe’s capital markets weakness is stark: none of the world’s 11 publicly traded quantum computing companies is European. The global market, worth about €1.1 billion in early 2025, is projected to reach €8.7–13 billion by 2035, driven by applications in pharmaceuticals, materials, logistics and cryptography. Industrial maturity—around 2,000 qubits—is expected by 2030-2035. Yet French hardware makers remain heavily dependent on public funds due to a shallow private market, while a slight lag in software and a valuable sovereign market in enabling technologies add to the urgency.

Funding is precarious: the bulk comes from non-permanent France 2030 credits. An extra €1 billion for all quantum technologies was announced for the period to 2030, but the share for computing is unclear, as is the future of university programme financing beyond 2028.

The Cour des comptes makes six recommendations: mobilize private French and European capital to replace public funds; shift the financing mix toward more repayable advances rather than grants; strengthen public procurement, especially through PROQCIMA; consolidate and track all public subsidies (state, regional, EU, fiscal); by the 2027 academic year, boost training in critical software areas like architecture, error correction and the software stack; and by 2028, forge targeted European partnerships based on complementary specializations and equitable value sharing. The core message: France lacks the scale to compete alone with the US and China, but its scientific and industrial assets can make it a central pillar of European quantum computing—if it acts to pool resources and protect its champions.

Résumé
La Cour des comptes salue l’efficacité de la stratégie nationale quantique (1,8 milliard d’euros) mais alerte sur le risque de rachat des pépites françaises (Pasqal, Alice & Bob, Quobly, Quandela, C12) par des investisseurs étrangers faute de capitaux privés suffisants. Elle recommande de mobiliser davantage de fonds privés et européens, et de muscler la commande publique via le programme PROQCIMA. Le marché mondial, actuellement à 1,1 milliard d’euros, pourrait atteindre 8,7 à 13 milliards d’ici 2035, faisant de la souveraineté quantique un enjeu critique.

Ce n’est pas tous les jours que la Cour des comptes recommande d’ouvrir le portefeuille. C’est pourtant ce qu’elle fait dans son rapport consacré au soutien public à l’informatique quantique, rendu public ce lundi.

Verdict : l’argent public a été « bien dépensé » mais la France joue désormais sa place dans une course mondiale où les États-Unis et la Chine disposent de moyens financiers sans commune mesure. Sans un sursaut, prévient l’institution, les champions tricolores du calcul quantique risquent de finir dans l’escarcelle d’investisseurs étrangers.

Lancée en 2021, la stratégie nationale quantique (SNQ) a mobilisé 1,8 milliard € sur la période 2021-2025, dont 1,5 milliard de fonds publics, essentiellement issus du plan France 2030.

L’informatique quantique ( c’est-à-dire les machines elles-mêmes par opposition aux capteurs ou aux communications quantiques) en a capté l’essentiel avec 86 % des crédits, soit 597 millions € engagés au 31 décembre 2025.

La Cour salue une gouvernance centralisée et une stratégie jugée équilibrée qui a permis de fédérer des financements auparavant dispersés et de couvrir toute la chaîne de valeur, de la formation universitaire jusqu’à l’industrialisation.

Côté enseignement supérieur, le programme QuanTEdu-France a permis de créer 37 masters, dont 13 spécifiquement dédiés au quantique, pour près de 1 100 étudiants.

Côté recherche, le programme et équipement prioritaire de recherche (PEPR) a organisé la coopération entre le CNRS, le CEA, l’Inria, les laboratoires et les industriels. Résultat : un tissu de startusp dynamiques a émergé, portées par des résultats scientifiques solides et la création d’emplois qualifiés.

Un premier bilan qui valide cinq ans d’investissement

Le rapport identifie précisément cinq jeunes entreprises françaises qui construisent réellement des ordinateurs quantiques et participent au programme militaire PROQCIMA : Pasqal, Alice & Bob, Quobly, Quandela et C12.

Ce sont elles, justement, que la Cour juge menacées. Car le secteur entre désormais dans une « phase de concentration » où les acteurs les mieux capitalisés rachètent les autres. Les entreprises françaises, faute d’accès à des capitaux suffisants, en sont les cibles naturelles.

L’exemple britannique donne la mesure du risque. En 2025, Oxford Ionics, pépite issue de l’université d’Oxford spécialisée dans les ordinateurs à ions piégés, a été rachetée par l’américain IonQ pour 1,075 milliard $, majoritairement payés en actions.

Londres n’a autorisé l’opération qu’à condition de maintenir au Royaume-Uni les activités et compétences stratégiques. Un scénario que la France veut à tout prix éviter de revivre, cette fois sans garde-fou.

Il est facile d’illustrer la faiblesse des marchés de capitaux européens. Sur les onze entreprises d’informatique quantique aujourd’hui cotées en bourse dans le monde, aucune n’est européenne.

Un petit marché appelé à exploser

Le marché mondial de l’informatique quantique pesait environ 1,1 milliard € début 2025.

Les projections de la Cour l’imaginent grimper entre 8,7 et 13 milliards € d’ici 2035, soit une croissance annuelle qui pourrait dépasser 25 % sur dix ans. Les applications visées vont de la  conception de nouveaux médicaments et matériaux à l’optimisation des transports et de l’industrie en passant par la cryptographie…

Le seuil à partir duquel un ordinateur quantique surpasserait l’informatique classique est estimé à une centaine de qubits, quand les objectifs industriels visent plutôt 2 000 qubits, avec une échéance de maturité située entre 2030 et 2035.

Autant dire que la partie se joue maintenant.

Or les fabricants de machines restent, selon la Cour, fortement dépendants des fonds publics faute d’un marché privé suffisamment développé.

Tandis que la France accuse un léger retard sur le segment des logiciels, les « technologies habilitantes » (composants, briques technologiques transverses) constituent déjà un marché rentable et un enjeu de souveraineté à part entière.

Des financements jugés trop précaires

Autre point de vigilance : la nature des financements.

L’essentiel de l’argent public provient des crédits du plan France 2030, pilotés par le secrétariat général pour l’investissement. Des crédits par nature non pérennes.

Une enveloppe supplémentaire d’un milliard d’euros a bien été annoncée fin mai 2026 par l’exécutif pour l’ensemble des technologies quantiques à l’horizon 2030, mais sa répartition précise, notamment la part réservée à l’informatique quantique, reste à préciser. La Cour pointe aussi une incertitude sur les financements des formations universitaires, à partir de la rentrée 2028, qui fragilise la capacité à ajuster l’offre dans la durée.

Les recommandations de la Cour

Sans surprise, la Cour appelle l’État à inscrire son soutien dans une trajectoire durable, révisée régulièrement selon les besoins du secteur.

Et formule plusieurs préconisations  :

mobiliser davantage de capitaux privés, français et européens, pour prendre le relais de l’argent public ;

rééquilibrer le mix de financement en augmentant la part des avances remboursables par rapport aux subventions ;

muscler la commande publique, en particulier via le programme PROQCIMA ;

améliorer le suivi consolidé de l’ensemble des financements publics dispersés entre l’État, les régions, la fiscalité et les fonds européens ;

renforcer dès la rentrée 2027 les formations sur les briques logicielles critiques (architecture, correction d’erreurs, pile logicielle) ;

construire d’ici 2028 des partenariats européens ciblés, fondés sur des spécialisations technologiques complémentaires et un partage équilibré de la valeur.

Ce dernier point résume la philosophie du rapport. Si la France seule n’a pas la taille critique face aux États-Unis et à la Chine,  elle dispose des atouts scientifiques et industriels pour devenir un pilier du calcul quantique européen.

A condition de savoir choisir ses combats et de convaincre ses voisins de mutualiser plutôt que de disperser leurs efforts.

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AI Insight
Core Point

France’s public audit body warns that five promising quantum computing startups risk being acquired by foreign investors unless funding is scaled up, threatening national sovereignty in a strategic sector.

Key Players
  • Cour des comptes — France’s supreme audit institution, Paris.
  • Pasqal — neutral‑atom quantum computers, France.
  • Alice & Bob — cat‑qubit quantum computers, France.
  • Quobly — analog quantum computers, France.
  • Quandela — photonic quantum computers, France.
  • C12 — carbon‑nanotube quantum computers, France.
Industry Impact
  • ICT: High — quantum‑safe cryptography and computing infrastructure at stake.
  • Computing/AI: High — foundational hardware for drug, material, and optimization breakthroughs.
Tracking

Strongly track — without durable funding and European partnerships, France’s hardware champions could fall under US or Chinese control during the 2030–2035 scale‑up window.

Highlights
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